Stop au « Spoofing » : l’Arcep contre-attaque et veut masquer les numéros frauduleux
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Rubrique Cyber-Sécurité
Depuis des semaines, c’est le même scénario infernal qui se joue sur des milliers de téléphones français : un numéro de mobile en « 06 » qui change sans cesse, une voix robotique ou synthétique qui vous harcèle au sujet d’« aides de l’État » pour l’isolation ou les panneaux solaires. Ce n’est pas un mauvais rêve, c’est une gigantesque campagne de démarchage tournant en boucle. Mais face à cette vague d’appels indésirables, et souvent frauduleux, où les escrocs se font passer pour des numéros légitimes (une technique nommée « spoofing »), l’autorité de régulation (l’Arcep) a décidé de frapper fort. Avec une décision récente, elle promet de muscler la lutte et d’offrir enfin un répit aux abonnés. Un changement majeur est attendu dès 2026. On vous explique comment cette décision va rendre votre téléphone plus sûr et, surtout, mettre un coup d’arrêt à cette cacophonie.
L’enfer du « 06 » ou « 07 » qui ne vous veut pas du bien
Vous l’avez sûrement vécu : votre portable sonne, un numéro commençant par « 06 » ou « 07 » s’affiche, vous décrochez en pensant à un proche, à une urgence, et là... c’est encore une proposition bidon. Isolation, changement de fenêtres, rénovation énergétique, ou pire, des offres trop belles pour être vraies sur les panneaux solaires. Dans 99 % des cas, c’est un message automatique qui vous piège. C’est déjà agaçant au possible, mais le vrai problème, c’est que le numéro que vous voyez sur votre écran n’est presque jamais le vrai. C’est ça le fameux « spoofing », une technique d’escroc vieille comme le monde qui permet aux fraudeurs de se faire passer pour des numéros français tout à fait normaux et légitimes, rendant les appels impossibles à distinguer d’un vrai. Face à ça, nos voisins italiens ont d’ailleurs été les premiers à prendre des mesures radicales pour étendre leurs dispositifs anti-usurpation d’identité aux mobiles. Une initiative qui conduisait à se demander si la France, elle aussi, allait enfin suivre pour mettre un terme à ce bazar. La réponse est oui, et elle vient de tomber.
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L’Arcep prend les devants pour un téléphone plus sûr
C’est une petite révolution dans le monde de la téléphonie mobile. L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse, plus connue sous son acronyme, l’Arcep, a publié une décision le 2 décembre dernier. Elle modifie carrément le plan national de numérotation. Le but est clair : renforcer la lutte contre ces fameuses usurpations de numéros, le « spoofing ». Ce n’était plus tenable. Depuis le début de l’année 2025 seulement, ce sont près de 18 000 signalements qui ont été enregistrés sur leur plateforme d’alerte, « J’alerte l’Arcep ». C’est dire l’ampleur du problème. Ces nouvelles règles s’appuient sur des obligations qui étaient déjà en place depuis octobre 2024, lesquelles imposaient déjà aux opérateurs de vérifier l’authenticité des numéros qu’ils affichaient. Le souci, c’est que malgré ça, les signalements continuaient d’affluer. Il fallait donc monter d’un cran.
La loi du 24 juillet 2020 visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux a prévu la mise en œuvre par les opérateurs d’un mécanisme d’authentification du numéro d’appelant (MAN), dont les spécifications techniques ont été conçues par les opérateurs français. Ce dispositif, aujourd’hui généralisé chez l’ensemble des opérateurs français, les oblige à couper les appels non authentifiés et à transmettre les informations permettant d’identifier l’opérateur qui a émis chaque appel. Cette traçabilité, combinée à la coopération des opérateurs, permet d’identifier a posteriori l’origine des appels frauduleux.
Arcep
L’Italie sonne aussi la fin de la récréation pour les fraudeurs
C’est un fait, les plaintes des usagers se multiplient aussi de l’autre côté des Alpes, où distinguer un appel honnête d’une simple tentative d’arnaque est devenu un véritable casse-tête. Devant cette recrudescence, les autorités italiennes, via l’AGCOM, ont décidé de frapper fort. Elles ont fait le choix d’étendre leur arsenal anti-usurpation d’identité aux fameux numéros de téléphone mobile. L’objectif est clair : rendre la vie impossible à ceux qui se cachent derrière de fausses identités pour harceler ou piéger les gens. Le dispositif a été mis en place pour bloquer les appels internationaux se faisant passer pour des numéros italiens, fixes, puis mobiles, s’ils ne peuvent pas prouver qu’ils proviennent d’un utilisateur légitime en itinérance. Une mesure forte qui met en lumière à quel point ce fléau est devenu insupportable pour l’utilisateur lambda. Et, quand on voit le nombre d’appels frauduleux qui explosent ici ces dernières semaines, on se dit qu’il était temps que la France s’inspire aussi de cette stratégie, pour éviter que le harcèlement téléphonique ne devienne une habitude nationale.
Le 1er janvier 2026 : l’arrivée des appels masqués anti-fraude
Alors, qu’est-ce qui va concrètement changer ? La mesure la plus visible pour l’abonné entrera en vigueur dès le 1er janvier 2026. À partir de cette date, les opérateurs seront dans l’obligation de masquer le numéro de l’appelant dès qu’une authentification est impossible, ou qu’elle est douteuse. Cela vise deux cas de figure bien précis. Tout d'abord, les appels provenant de l’étranger qui affichent un numéro mobile français, mais qui n’ont pas pu être authentifiés. Ceux-là sont souvent utilisés pour les arnaques, mais jusqu’à présent, il était impossible de les différencier d’un appel légitime d’une personne en déplacement à l’étranger, ce qu’on appelle l’itinérance. Ensuite, on parle aussi des cas où des limites techniques, par exemple sur de vieux équipements ou lors de renvois d’appels complexes, empêchent de transmettre correctement les données d’authentification.
Pourquoi vous verrez plus de « Numéros Masqués »
Oui, le risque est que vous voyiez plus d’appels affichant « Numéro masqué » sur votre téléphone. Désormais, ce simple affichage ne signifiera plus seulement que la personne qui vous appelle a choisi de cacher volontairement son numéro. Cela pourra aussi indiquer qu’il existe un gros doute sur son authenticité. Attention, cela ne veut pas dire à coup sûr qu’il s’agit d’une fraude, mais cela doit vous pousser à la vigilance. L’Arcep espère de cette manière réduire considérablement les arnaques. Ces dernières se présentent souvent sous la forme de fraudeurs qui se font passer pour des banques, des administrations, ou même des proches. En limitant la visibilité des numéros suspects, le régulateur améliore la sécurité globale. C’est un changement d’habitude à prendre, mais c’est pour le bien de tous. On risque un peu d’être dérangé par ce changement, mais au moins, on sera plus en sécurité face aux arnaques téléphoniques.
D’autres dispositions pour faire le ménage chez les opérateurs
Outre le masquage, le régulateur a prévu d’autres dispositions pour mettre la pression sur les professionnels. Les opérateurs devront maintenant intégrer, dans les contrats qu’ils signent avec leurs clients, la liste complète et exhaustive des numéros que ces derniers sont autorisés à utiliser. Le but est d’éviter tout abus et de savoir qui peut utiliser quel numéro, et pour quoi. Autre point important : la création de numéros spécifiques, dédiés aux appels d’intérêt général. On pense ici notamment aux appels concernant des aides publiques. C’est une disposition qui est conforme à la loi du 30 juin 2025, justement votée pour lutter contre les fraudes aux aides. On sent une volonté politique forte de ne plus laisser passer ces tentatives. Enfin, si vous habitez à Saint-Martin, ces mesures seront effectives un peu plus tard, au 1er janvier 2028, en raison de contraintes locales particulières.
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La méthode simple pour couper le massacre en un clic
En attendant que ces nouvelles mesures soient complètement en place en 2026, si vous êtes en train de vous faire harceler par ces campagnes en boucle, il y a des solutions pour vous aider immédiatement. Le réflexe, c’est de ne jamais donner suite à ces messages automatisés. Ne répondez jamais aux questions du robot, même si vous êtes propriétaire. La seconde chose à faire, c’est de signaler immédiatement l’appel suspect. Vous avez deux options pour ça. La première, c’est la plateforme « J’alerte l’Arcep » mentionnée plus haut. La seconde, et la plus connue, c’est l’inscription à la liste d’opposition au démarchage téléphonique, Bloctel. Cette démarche est rapide et gratuite. En vous y inscrivant, vous coupez l’herbe sous le pied de la majorité des démarcheurs légaux. Cela ne mettra pas fin à 100 % des appels, car les fraudeurs ne respectent pas la loi, mais ça limitera le flux.
Pensez aussi à filtrer les numéros sur votre fixe ou mobile. Enfin, certains opérateurs et téléphones proposent des options pour filtrer les numéros inconnus ou bloquer directement la série « 06 » qui vous embête tant. En croisant l’inscription à Bloctel et ce nouveau dispositif de l’Arcep, on peut espérer, à terme, respirer un peu plus.