Marre des faux 06 et 07 ? Comment l’Italie s’attaque enfin au « spoofing » téléphonique

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Le téléphone sonne, un numéro en 06 ou 07 s’affiche... on décroche, on pense que c’est important, un proche, et là, c’est le drame : encore une proposition bidon pour l’isolation ou la pose de fenêtres, la rénovation énergétique ou la vente de panneaux solaires, dans 99% des cas avec un message automatique. Non seulement ces appels sont agaçants, mais le pire, c’est que le numéro qui s’affiche sur votre écran n’est souvent pas le vrai ! C’est ce qu’on appelle le « spoofing », une technique que les escrocs adorent pour se faire passer pour des numéros français tout ce qu’il y a de plus légitime. Face à cette vague, nos voisins italiens viennent de prendre une décision radicale pour étendre leurs mesures anti-usurpation d’identité aux numéros mobiles. Une initiative salutaire qui nous pousse à nous demander : la France va-t-elle enfin suivre pour mettre un terme à cette cacophonie téléphonique ?
Un appel sur un smartphone (Crédit : Alex.I)
Un appel sur un smartphone (Crédit : Alex.I)

L’Italie sonne la fin de la récréation pour les fraudeurs


C’est un fait, les plaintes des usagers se multiplient de l’autre côté des Alpes. Distinguer un appel honnête d’une tentative d’arnaque est devenu un véritable casse-tête. Devant cette recrudescence, les autorités italiennes ont décidé de frapper fort. Elles vont étendre leur arsenal anti-usurpation d’identité, initialement conçu pour d’autres types de communications, aux fameux numéros de téléphone mobile. L’objectif est clair : rendre la vie impossible à ceux qui se cachent derrière de fausses identités pour harceler ou piéger les gens. Une mesure forte qui met en lumière à quel point ce fléau est devenu insupportable pour l’utilisateur lambda. Quand on voit le nombre d’appels frauduleux qui explosent ici ces dernières semaines, on se dit qu’il serait temps que l’on s’inspire de cette stratégie.

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Le « spoofing », ou l’art de se faire passer pour un autre


Alors, comment est-ce possible, cette histoire de faux numéro ? C’est le cœur de l’arnaque. Cette technique, très connue sous son nom anglais de « spoofing », permet à l’appelant, qu’il s’agisse d’un centre d’appels peu regardant ou d’un escroc pur et simple, de masquer complètement son véritable numéro. À la place, il va afficher sur votre écran un autre numéro, totalement bidon, souvent choisi pour vous inspirer confiance. On parle ici d’une manipulation très simple techniquement, mais redoutable psychologiquement.

Comment ces arnaques réussissent-elles leur coup ?


La plupart des appels passés par des systèmes automatisés, généralement basés sur la technologie de la Voix sur IP (VoIP) ou par des centres d’appels à la chaîne, offrent une certaine souplesse pour spécifier ce qu’on appelle l’identifiant de l’appelant. Et c’est là que le problème commence ! Les fraudeurs, ou ces sociétés à la limite de la légalité, exploitent cette possibilité pour insérer un numéro de mobile français (en 06 ou 07), qui n’a rien à voir avec eux. Ils peuvent même choisir le numéro d’une tierce personne, tout à fait innocente, qui va se retrouver bien malgré elle au milieu de l’histoire. Ce petit détail, ce fameux préfixe en 06 ou 07, est un leurre terriblement efficace. La raison est simple : on est tellement plus enclins à répondre à un numéro de mobile, persuadés que c’est un appel local ou personnel, plutôt qu’à un numéro d’entreprise ou inconnu en 09 !

Les numéros injoignables : la preuve de la supercherie


Vous vous êtes déjà fait avoir, n’est-ce pas ? Vous essayez de rappeler le numéro de démarchage qui vient de vous importuner, et là, votre opérateur vous annonce que ce numéro n’existe pas ou est injoignable. C’est l’indice le plus criant de l’usurpation d’identité. Quand cela arrive, plusieurs scénarios sont possibles. Le numéro affiché est soit complètement inventé, généré aléatoirement, soit il appartient à une ligne qui n’est pas active, ou qui n’est pas du tout configurée pour recevoir des appels via le système du fraudeur. Parfois, ils vont même jusqu’à utiliser des numéros de la plage 06/07 qui n’ont pas encore été attribués par les opérateurs, ce qui rend évidemment le rappel impossible. Mais le plus troublant, c’est que ce numéro peut aussi appartenir à une personne bien réelle et qui n’a absolument rien à voir avec l’appel initial. Si vous la rappelez, elle tombera des nues et vous assurera qu’elle ne vous a jamais contacté ! En fait, tout est bidon : l’appel initial a été passé via un système capable de falsifier l’identité de l’appelant, un tour de passe-passe technique permis par la VoIP. Bref, vous pouvez les bloquer, mais cela ne sert strictement à rien, ils changent en permanence de numéro.

Un cadre réglementaire français un peu trop mou ?


Chez nous, la loi a pourtant essayé de mettre de l’ordre dans tout cela. Le démarchage téléphonique est théoriquement encadré par des règles très strictes, notamment la loi Naegelen, qui interdit formellement d’utiliser des numéros de mobile à des fins de prospection commerciale. Les démarcheurs doivent normalement passer par des numéros spécifiques, comme les nouveaux préfixes en 09-48 ou 01-62 pour la région parisienne, par exemple. Non seulement l’utilisation d’un numéro masqué est proscrite pour ces activités, mais l’usurpation d’un numéro, le fameux « spoofing », est également illégale dans ce contexte.

Sauf que, visiblement, l’interdiction seule ne suffit pas. L’efficacité des autorités à traquer et à bloquer ces manœuvres techniques est jugée insuffisante par beaucoup d’usagers, qui voient les appels se multiplier sans que les sanctions ne suivent vraiment. Les fraudeurs semblent toujours avoir un coup d’avance, et c’est ce qui rend l’approche italienne, qui consiste à bloquer techniquement l’usurpation au niveau des opérateurs mobiles, si séduisante et urgente à considérer chez nous. Il est grand temps d’adapter nos outils techniques pour que les lois soient réellement appliquées et que l’on retrouve un peu de quiétude !

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Comment se protéger concrètement en attendant la riposte française ?


Face à l’inertie, on ne peut pas rester les bras croisés à subir ces assauts téléphoniques. En tant qu’usager, nous avons quelques réflexes à adopter pour déjouer les pièges de ces arnaques, même quand le numéro affiché parait tout à fait normal.

Soyez toujours méfiant face à un numéro mobile que vous ne connaissez pas. Même si c’est un 06 ou un 07, rappelez-vous que les démarcheurs ou les escrocs l’utilisent justement pour vous inciter à décrocher. Si vous attendez un appel important, vérifiez l’heure et le contexte. Si l’appel est inattendu, laissez-le basculer sur votre messagerie. Les interlocuteurs légitimes laisseront un message, les fraudeurs, eux, raccrocheront.

Ne rappelez jamais un numéro de démarchage. Si vous voyez un appel manqué d’un numéro inconnu qui vous semble suspect, le réflexe de rappeler est à proscrire. Non seulement vous ne joindrez personne d’utile (comme nous l’avons vu, le numéro est souvent bidon ou inactif), mais la plupart du temps votre appel va se terminer en cul-de-sac.

Enfin, pensez à utiliser des applications de filtrage d’appels ou les fonctions natives de votre smartphone (voir : Panneaux solaires : Votre mobile est-il harcelé d’appels en ce moment ?). Certains téléphones proposent des options pour bloquer automatiquement les numéros identifiés comme spam. Et bien sûr, l’inscription sur la liste Bloctel reste un passage obligé, même si son efficacité a ses limites face à ce type de fraude à l’appel. En cumulant ces petites précautions, on rend la tâche des escrocs beaucoup plus difficile, et on se donne un peu de répit en attendant que nos lois et nos opérateurs mettent en place des mesures aussi efficaces que celles que l’Italie s’apprête à adopter.
 
chabot thierry
chabot thierry
Passionné d'informatique depuis ses débuts sur PC-1512, Thierry est l'expert référent de TheSiteOueb pour les thématiques liées au Web, aux OS et à la sécurité informatique. Acteur engagé de l'entraide communautaire sous le pseudonyme Cthierry, il met son expertise technique au service des utilisateurs pour décrypter l'actualité numérique et résoudre leurs problématiques quotidiennes.

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