Le 10 novembre à 11h31 : la date où tout s’arrête (pour le salaire des femmes)

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C’est un rendez-vous annuel qui fait grincer des dents et qui, pourtant, est nécessaire : en 2025, le mouvement #10Novembre11h31, porté par la newsletter Les Glorieuses, vient rappeler l’écart persistant des rémunérations entre les hommes et les femmes en France. Selon leurs calculs pour cette année, si l’on rapportait leur salaire annuel à un taux horaire identique à celui de leurs homologues masculins, les travailleuses cesseraient symboliquement d’être payées à partir du lundi 10 novembre à 11 heures 31 minutes et 22 secondes. Dès cet instant précis, et jusqu’au 31 décembre, elles accompliraient donc l’équivalent d’un travail « gratuit ». Ce geste fort, année après année, met en lumière une réalité économique qui pèse lourd dans l’autonomie et les carrières des Françaises. Pour terminer le petit tour du BeMac de ce début de week-end, nous fêtons aussi les Geoffroy.
#10Novembre11h31 : Le rappel du calendrier de l’égalité ( Crédit Alex.I )
#10Novembre11h31 : Le rappel du calendrier de l’égalité ( Crédit Alex.I )

10 Novembre 11h31 : Derrière l’heure fatidique, une inégalité bien réelle


Imaginez un instant : vous faites exactement le même travail que votre voisin de bureau, vous avez les mêmes compétences, mais en fin de compte, vous arrêtez d’être payée bien avant lui. C’est l’amer constat que Les Glorieuses mettent en évidence avec ce fameux 10 novembre 2025 à 11h31. Ce n’est pas une date choisie au hasard, c’est le résultat d’un calcul très concret : l’écart de rémunération horaire entre les hommes et les femmes. Ce que le mouvement veut nous faire comprendre, c’est que si elles devaient continuer à percevoir leur revenu annuel actuel, mais avec un taux horaire identique à celui des hommes, il manquerait des jours de travail rémunérés en fin d’année.

Pour combler cet écart de salaire, elles doivent travailler plus longtemps, gratuitement, pour atteindre l’équivalent de ce que leurs collègues masculins ont gagné avant elles. C’est une manière très frappante de mettre le doigt sur un déséquilibre qui ne se résume pas à quelques euros en moins sur la fiche de paie. On parle là de l’équivalent de près de deux mois de travail non rémunéré.

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Le mécanisme du calcul : comment arrive-t-on au 10 novembre ?


Alors, comment ce calcul est-il mené, pour arriver à une heure et une minute aussi précises ? L’idée de départ, c’est de se baser sur les chiffres de l’écart de salaire. En substance, il s’agit de déterminer le pourcentage de temps que les femmes passent à travailler sans être rémunérées, par rapport à l’année complète. Les Glorieuses partent du principe que pour obtenir le même salaire annuel que les hommes, elles devraient, en théorie, s’arrêter de travailler beaucoup plus tard, le 31 décembre à minuit, comme tout le monde. Si on leur applique le même taux horaire que celui des hommes, elles atteignent plus rapidement leur revenu annuel. La différence, c’est le temps qu’il leur faudrait pour atteindre l’égalité de salaire si leur taux horaire était égal.

C’est en faisant le ratio entre l’écart de rémunération horaire et le nombre de jours ouvrés qu’elles arrivent à cette date symbolique du 10 novembre. Bien sûr, il s’agit d’une simulation, d’un exercice mathématique pour pointer du doigt une injustice. Si les femmes étaient rémunérées au même taux que les hommes, en gardant leur revenu actuel, il y aurait un « trop-perçu » de temps qu’il faudrait retrancher. Mais le véritable objectif, c’est bien de dire : « Si nous étions payées comme vous, nous aurions fini plus tôt ».

Des avancées au compte-gouttes et une égalité en... 2163


Si l’on regardait les chiffres bruts, on pourrait se réjouir, un tout petit peu. La date symbolique où les femmes cessent d’être rémunérées avance de deux jours entre 2024 (le 8 novembre à 16h48) et 2025 (le 10 novembre à 11h31). C’est un mouvement qui, mathématiquement, va dans le bon sens. On peut saluer que l’écart se réduise, même si c’est de manière infime : on passe de quelques jours avant le 8 novembre à quelques jours avant le 10. Cependant, il faut être honnête, ce progrès est tellement lent qu’il en devient presque décourageant. C’est comme si on essayait de vider l’océan à la petite cuillère. D’après les calculs des Glorieuses, si l’on se maintient à ce rythme de progression, il faudrait attendre jusqu’à l’année 2163 pour atteindre une véritable égalité salariale entre les femmes et les hommes.

Pensez-y : cela représente plus de 130 ans de combat encore à mener pour que le 31 décembre soit enfin la date de fin de la rémunération pour tous. Ce décalage montre bien que les mesures actuelles, malgré leur bonne intention, ne sont pas assez percutantes pour inverser la tendance de manière significative et rapide. On est très loin d’une révolution, on est dans une évolution qui demande encore un effort colossal de la part des entreprises et des politiques pour que le genre ne soit plus un facteur dans la fiche de paie.

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Un combat porté par des visages et des voix


Derrière le hashtag et les chiffres, il y a des personnes qui portent ce message année après année. Le mouvement #10Novembre11h31 est une initiative de la newsletter Les Glorieuses, et il est incarné par plusieurs femmes, des porte-paroles qui mettent leur énergie et leur engagement au service de cette cause. On pense notamment à Rebecca Amsellem, la fondatrice du collectif, mais aussi à Héloïse Bolle, Insaff El Hassini et Marie Eloy. Ces personnalités ne font pas que relayer une statistique, elles mettent en place des actions concrètes pour interpeller le public et les décideurs politiques. Elles rappellent que l’égalité salariale n’est pas juste une question de morale ou d’équité, c’est un enjeu économique majeur. Avoir des citoyennes pleinement autonomes financièrement, ça change la donne pour toute la société. Leur travail est essentiel pour maintenir le sujet au cœur du débat public, pour éviter que l’on s’habitue à ces écarts et que l’on pense que "ça ira mieux avec le temps".

L’égalité salariale : un horizon encore lointain


C’est peut-être la question la plus frustrante : à ce rythme, quand verrons-nous une véritable égalité des salaires ? Les Glorieuses le soulignent souvent : les progrès sont lents, trop lents. Chaque année, la date recule de quelques jours, de quelques heures, ce qui est positif, bien sûr, mais le fossé reste béant. Pour que les femmes puissent travailler jusqu’au 31 décembre comme leurs collègues, sans cet écart de rémunération, il faudrait des changements bien plus radicaux et rapides. Les causes de cette inégalité sont multiples et complexes ; on ne parle pas seulement de la discrimination directe.

Appliquer le principe d’éga-conditionnalité Les entreprises qui bénéficient de l’argent public doivent prouver qu’elles respectent l’égalité salariale. Conditionner les marchés publics, subventions et avantages fiscaux au respect de l’égalité salariale permettrait de garantir que les fonds publics ne creusent plus les inégalités. C’est une mesure qui ne coûte rien à l’État.
Les Glorieuses


Il y a aussi les temps partiels subis, plus fréquents chez elles, la ségrégation professionnelle qui concentre les femmes dans des métiers moins bien valorisés et moins bien payés (les fameux « métiers du soin » ou de l’éducation), et la difficulté à progresser dans la hiérarchie à cause des stéréotypes de genre et de la charge mentale, notamment liée à la maternité. C’est tout un système qu’il faut déconstruire, et c’est pour cela que ce combat est de longue haleine.

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Agir concrètement pour ne plus travailler « gratuitement »


Alors, que faire pour que l’année prochaine, cette date recule encore, et qu’elle se rapproche de la fin décembre ? Les Glorieuses et d’autres acteurs de l’égalité professionnelle proposent des pistes d’actions concrètes. On parle surtout de transparence salariale, un levier clé pour pouvoir comparer les rémunérations à poste égal et repérer les discriminations. L’Europe d’ailleurs, avec sa nouvelle directive, pousse les États membres à aller dans ce sens, ce qui est une très bonne nouvelle.

Il y a aussi l’idée de revaloriser les métiers à prédominance féminine, qui sont souvent essentiels à la société, mais étrangement sous-payés. Enfin, la question du congé parental est cruciale. Un congé paternité plus long et mieux partagé pourrait aider à rééquilibrer la charge domestique et familiale, ce qui aurait un impact direct sur la carrière et le temps de travail des mères. C’est un ensemble de mesures qui doit être mis en place pour s’assurer que le genre ne soit plus un facteur déterminant dans la rémunération ou la progression professionnelle, et que le travail des femmes soit enfin reconnu à sa juste valeur, du 1er janvier au 31 décembre.

Le #10Novembre11h31 n’est pas juste un hashtag éphémère. C’est un outil de sensibilisation puissant, un rappel annuel que l’égalité salariale est un objectif encore loin d’être atteint. Il force à regarder en face une réalité dérangeante et invite chacun, des entreprises aux individus, en passant par les politiques, à prendre sa part de responsabilité pour que, très vite, cette date symbolique disparaisse de notre calendrier.
 
Thierry Chabot
Thierry Chabot
Passionné d'informatique depuis ses débuts sur PC-1512, Thierry est l'expert référent de TheSiteOueb pour les thématiques liées au Web, aux OS et à la sécurité informatique. Acteur engagé de l'entraide communautaire sous le pseudonyme Cthierry, il met son expertise technique au service des utilisateurs pour décrypter l'actualité numérique et résoudre leurs problématiques quotidiennes.
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