Journée de l’Espéranto, la langue qui rêvait d’un monde sans frontières linguistiques
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Rubrique Tendances & Actus
C’est un rendez-vous annuel qui rassemble une communauté discrète, mais incroyablement passionnée, partout sur la planète. Chaque 15 décembre, le calendrier des amateurs de linguistique marque une date particulière : c’est la Journée mondiale de l’Espéranto. Souvent appelée « fête de Zamenhof », du nom de son initiateur, Ludwik Lejzer Zamenhof, né ce jour-là en 1859, cette célébration va bien au-delà d’un simple anniversaire. Elle incarne l’espoir tenace d’une communication plus juste et plus facile entre les peuples. L’occasion idéale, pour les « esperantistoj » du monde entier, de s’offrir des bouquins rédigés dans cette langue, d’échanger et de montrer qu’elle est bien vivante. Mais au fait, d’où vient-elle, et où est-elle parlée aujourd’hui, cette fameuse langue construite ? Pour terminer le petit tour du BeMac de ce début de semaine, nous fêtons aussi les Ninon.
Le rêve d’une langue universelle prend vie chaque 15 décembre
On pourrait croire qu’une langue construite, sans territoire national attitré, ne peut être que marginale. C’est tout le contraire, même si elle n’a pas la portée de l’anglais ou de l’espagnol. L’Espéranto est une langue véritablement globale. Bien sûr, elle n’est la langue officielle d’aucun pays, mais ses locuteurs, que l’on nomme « espérantophones », sont répartis aux quatre coins du globe. Pour s’en faire une idée concrète, on peut se pencher sur les chiffres de l’Association mondiale d’Espéranto (Universala Esperanto-Asocio, UEA). On constate alors que ce sont des nations très diverses, souvent puissantes, qui abritent le plus grand nombre de ses membres actifs.
On y retrouve par exemple le Brésil, l’Allemagne, le Japon, la France, les États-Unis, la Chine et l’Italie. Remarquez le paradoxe : si la France fait partie de ce peloton de tête, l’Europe de l’Est, où elle est née, y est aussi très présente, tout comme l’Asie. Le fait est que ce sont les communautés locales, dans ces pays, qui font vivre cet héritage linguistique à travers des associations, des cours, des événements, et la traduction d’œuvres littéraires. Cette répartition montre bien que l’attrait pour cet outil de communication n’est dicté ni par la géographie ni par la politique, mais bien par l’idéal qu’il représente.
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L’Espéranto a-t-il un drapeau ?
C’est une interrogation tout à fait logique, puisque cette langue n’est la propriété d’aucun État. En toute rigueur, l’Espéranto ne possède donc pas de drapeau national à proprement parler, mais le mouvement s’est doté d’un symbole visuel très fort, reconnu et adopté par toute la communauté : le fameux « Verda Flago », ou drapeau vert. Il a été officialisé il y a bien longtemps, dès 1905, lors du tout premier Congrès universel. C’est une bannière simple, mais chargée de sens : la couleur verte domine et représente l’espoir, l’idéal qui a donné naissance à cette langue.
Dans le coin supérieur gauche, un carré blanc incarne la paix et, surtout, la neutralité, un principe fondamental de l’Espéranto. Au centre de ce carré, vous trouverez une étoile verte à cinq branches, baptisée l’Esperanto-Stelo. Ces cinq pointes sont là pour symboliser les cinq continents, illustrant l’ambition universelle de cette langue. On le voit flotter lors de tous les grands rassemblements, prouvant que, même sans territoire, ce projet a bien ses couleurs.
L’Espéranto : comment ça marche ?
C’est peut-être la partie la plus fascinante de cette journée. L’Espéranto n’est pas une langue qui a évolué naturellement, avec ses incohérences et ses exceptions héritées des siècles passés. Non, c’est une langue qui a été pensée, conçue, presque comme un logiciel. Son créateur, Zamenhof, n’a pas voulu imposer une langue existante, et donc la culture qui va avec, mais offrir un outil neutre. Il l’a construite de A à Z en s’inspirant de plusieurs langues européennes, notamment latines et germaniques, pour être la plus facile possible à apprendre. En fait, c’est la quintessence de la rationalisation appliquée à la communication.
Deux aspects la rendent particulièrement accessible. Premièrement, sa phonétique est régulière. C’est-à-dire que, dans cet idiome, chaque lettre correspond toujours au même son, et inversement. Il n’y a pas de sons multiples pour une même lettre, comme on en trouve en français ou en anglais. C’est un principe de « un son, une lettre » qui simplifie énormément la prononciation et l’orthographe. Une fois que vous connaissez l’alphabet, vous savez lire n’importe quel mot.
Deuxièmement, et c’est ce qui fait sa véritable force, c’est sa grammaire ultra-logique et sans exceptions. Elle fonctionne selon un système d’agglutination. C’est un peu comme un jeu de construction où l’on assemble des briques pour créer des mots.
Par exemple, tous les mots de nature grammaticale identique se terminent de la même façon :
Les noms finissent toujours par la voyelle -o (domo)
Les adjectifs finissent toujours par la voyelle -a (granda)
Les adverbes finissent toujours par la lettre -e (rapide)
Les verbes ont des terminaisons spécifiques pour chaque temps et personne, mais elles sont toujours les mêmes. L’infinitif, par exemple, se termine par -i (labori).
Mieux encore, le vocabulaire est créé à partir de racines sur lesquelles on ajoute des préfixes et des suffixes pour former de nouveaux mots avec une précision chirurgicale. Si vous connaissez le mot pour « parler » (paroli), et le suffixe pour le verbe « recommencer » (re-), vous pouvez deviner sans peine que « reparler » se dit (reparoli). C’est comme un programme informatique bien commenté, où chaque ligne de code, ou chaque syllabe, a une fonction claire et définie.
C’est cette simplicité structurelle qui permet de l’apprendre bien plus rapidement que n’importe quelle langue nationale. Son objectif n’était pas de remplacer les langues maternelles, mais d’offrir cette seconde langue commune pour les échanges internationaux, une sorte de « pont » linguistique neutre et efficace. On parle alors de « propédeutique linguistique », c’est-à-dire que son apprentissage facilite l’apprentissage d’autres langues par la suite, tellement ses mécanismes sont clairs.
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Que faire pour célébrer cette journée particulière ?
Si l’idéal d’une communication mondiale vous parle, le 15 décembre est le moment parfait pour vous initier ou pour rejoindre la communauté. La journée de Zamenhof est traditionnellement un moment de rencontre et de culture, mais l’esprit est ouvert à tous.
Bien sûr, la tradition veut que les espérantophones se réunissent pour faire la fête et, surtout, pour acheter des livres écrits ou traduits dans cette langue. C’est un geste fort pour soutenir la culture esperanta, et les librairies spécialisées ou en ligne ne manquent pas d’offrir des promotions pour l’occasion. Si vous avez déjà la chance de le parler, c’est l’occasion de participer à un rassemblement local, souvent organisé par les clubs ou associations dans les grandes villes mentionnées plus haut. Ces événements peuvent prendre la forme de soirées culturelles avec des lectures de poèmes ou des chants, conférences sur l’histoire ou l’actualité du mouvement, ou bien repas conviviaux où l’on s’amuse à parler exclusivement cette langue.
Mais si vous êtes un simple curieux, c’est surtout le moment de débuter votre apprentissage. Il existe de nombreuses ressources gratuites sur internet, comme les fameux cours en ligne. C’est la meilleure façon de rendre hommage à cette utopie linguistique, en faisant le premier pas vers sa découverte. Vous pourriez être surpris de la rapidité avec laquelle vous assimilerez les bases de ce système logique. Après tout, qui sait, peut-être que l’année prochaine, vous achèterez vous-même votre premier livre en Espéranto pour célébrer cette journée de l’idéal.