De l’Antiquité au design moderne : l’épopée du marque-page, ce gardien de nos pauses littéraires
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Rubrique Tendances & Actus
Ce mercredi 25 février, nous célébrons la Journée internationale du marque-page, ou « WoBoDa » pour les initiés. Si vous pensiez que cet objet n’était qu’un anodin bout de carton oublié entre deux chapitres, détrompez-vous. Véritable interface entre l’humain et l’écrit depuis deux millénaires, il possède une histoire fascinante et une communauté de collectionneurs passionnés, les signopaginophiles. Voyage au cœur d’un accessoire qui, malgré la montée en puissance du numérique, reste l’outil de synchronisation le plus fiable de nos bibliothèques. Pour terminer le petit tour du BeMac de ce milieu de semaine, nous fêtons les Roméo.
Une interface physique pour nos voyages mentaux
Le marque-page est sans doute l’une des inventions les plus ergonomiques de l’histoire de l’humanité. On l’utilise sans y penser, d’un geste machinal, pour figer le temps. Ce petit assistant, que les anglophones appellent « bookmark », ne sert pas seulement à retrouver un numéro de page. Il agit comme une balise temporelle dans nos vies souvent trop chargées. Le 25 février, on lui rend enfin justice avec cette journée mondiale créée en 2017 par le groupe « International Friends of Bookmarks ». L’idée derrière ce rassemblement numérique et physique est de rappeler que la lecture est une expérience globale. Ce n’est pas juste du texte que l’on ingère, c’est tout un rituel sensoriel où l’objet a son mot à dire. Il fait le pont entre le moment où l’on ferme le bouquin et celui où on le rouvre, parfois des semaines plus tard, avec cette promesse silencieuse que rien n’a bougé.
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Deux mille ans d’évolution sans aucune mise à jour logicielle
Si l’on regarde de plus près son arbre généalogique, on s’aperçoit que ce compagnon n’est pas né d’hier. Il est apparu presque simultanément que le « codex », l’ancêtre de nos livres reliés. À l’époque, passer du rouleau de papyrus au livre à pages feuilletables a été une révolution technologique majeure. Mais il a fallu inventer un moyen de ne pas perdre le fil sans bousiller les précieux manuscrits. On a alors vu apparaître des languettes de cuir, des fils de soie ou des morceaux de parchemin. C’est fascinant de se dire qu’en 2000 ans, le concept n’a pratiquement pas changé. On a bien essayé d’inventer des versions magnétiques, des pinces en métal ou des gadgets en plastique, mais le sobre rectangle souple reste indétrônable. C’est la preuve qu’une technologie bien conçue n’a pas besoin d’être complexe pour être efficace.
La signopaginophilie ou l’art de collectionner l’éphémère
Pour certains, le marque-page est bien plus qu’une simple commodité, c’est une véritable obsession. On appelle ces collectionneurs des signopaginophiles. Le mot est un peu barbare, je vous l’accorde, mais il cache une passion très poétique. Pourquoi accumuler ces objets ? Parce qu’ils sont souvent les témoins d’une époque ou d’un lieu. Les éditeurs et les libraires en distribuent gratuitement, ce qui en fait l’une des collections les plus accessibles au monde. On y trouve des publicités anciennes, des illustrations d’artistes contemporains ou des citations qui nous touchent. En France, cette passion a même ses propres grands-messes. Le salon de Malo-les-Bains, par exemple, est une institution depuis la fin des années 90. C’est là que l’on comprend que cet accessoire est aussi un support de communication redoutable et un espace de liberté artistique miniature.
Un objet qui en dit long sur notre personnalité de lecteur
On a tous notre style quand il s’agit de marquer une pause. Les puristes achètent des signets en cuir ou en tissu assortis à leur ouvrage. Les sentimentaux utilisent une vieille photo, un ticket de train ou une fleur séchée. Puis, il y a les « barbares » du quotidien, et je plaide coupable parfois, qui attrapent le premier ticket de caisse qui traîne ou, pire, qui cornent la page. Le marque-page est un miroir de notre rapport au livre. Il peut être :
- Un souvenir de voyage acheté dans une boutique de musée.
- Un cadeau fait main par un enfant avec un peu de peinture et de paillettes.
- Un outil publicitaire glissé par un libraire indépendant.
- Un ruban de satin directement intégré à la reliure, comme dans les beaux livres de cuisine ou les guides de voyage.
Pourquoi il résiste encore et toujours au numérique
À l’heure des liseuses électroniques et des smartphones qui mémorisent automatiquement notre progression, on aurait pu croire à la disparition du signet physique. Pourtant, il n’en est rien. Il y a une satisfaction tactile à glisser ce morceau de matière entre deux feuilles de papier. C’est un geste qui marque la fin d’une session de lecture, un peu comme on éteindrait une lampe. En sciences cognitives, on sait que l’emplacement physique d’une information sur une page aide à la mémorisation. Le marque-page participe à cette cartographie mentale. Il nous indique visuellement le chemin parcouru et ce qu’il nous reste à découvrir. C’est une jauge de progression analogique que l’on peut toucher, et aucune barre de pourcentage sur un écran ne pourra totalement remplacer cette expérience.
Des salons et des échanges pour faire vivre la tradition
La vitalité de cette communauté se voit surtout dans les événements dédiés. Si vous passez près de Dunkerque ou de Muret, vous découvrirez des salons où le marque-page est roi. Ce ne sont pas juste des étals de papier, ce sont des lieux d’échanges culturels. On y discute de techniques d’impression, de l’histoire des prestigieuses maisons d’édition ou simplement du plaisir de la lecture. Ces rassemblements montrent que, même à l’ère des réseaux sociaux, le besoin de se retrouver autour d’objets tangibles reste très fort. Le marque-page devient alors un prétexte pour parler de littérature, de design et de patrimoine. C’est un témoin minuscule de la culture qui voyage de main en main, souvent offert ou échangé comme une carte de visite intellectuelle.
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WoBoDa : le petit nom de code d’une passion mondiale
Pour terminer le tour de cette journée si particulière, si vous croisez le terme « WoBoDa » sur les réseaux sociaux, ne cherchez pas un nouveau gadget technologique ou une obscure start-up de la Silicon Valley. Cet acronyme, un brin mystérieux au premier abord, n’est autre que la contraction de « World Bookmark Day ». Ce choix de nom, volontairement moderne et percutant, permet aux passionnés du monde entier de se retrouver sous une bannière commune, notamment via les hashtags sur internet. C’est un contraste assez savoureux : on utilise un code très actuel pour désigner un objet qui n’a presque pas changé depuis l’époque des parchemins. En adoptant ce petit nom, la communauté des lecteurs et des collectionneurs montre que le marque-page n’est pas un vestige du passé, mais un accessoire bien vivant qui sait s’adapter aux codes de notre époque pour continuer de faire parler de lui.
Un petit clin d’œil aux amoureux des prénoms
Pour l'anecdote amusante, ce 25 février, en plus de célébrer nos chers signets, nous fêtons aussi les Roméo. On ne peut s’empêcher de faire le lien avec la littérature classique. Imaginerait-on une édition de Shakespeare sans un élégant marque-page pour s’y retrouver dans les tirades amoureuses ? Que vous soyez un lecteur du dimanche ou un dévoreur de manuscrits, prenez un instant aujourd’hui pour regarder celui qui squatte votre table de chevet. Il mérite bien un petit merci pour toutes ces pages gardées précieusement au chaud.
Ce qu’il faut retenir :
- Le 25 février 2026, une date à marquer d’un signet : Elle est officiellement la Journée internationale du marque-page (ou « WoBoDa »). C’est l’occasion de célébrer ce précieux compagnon qui, depuis plus de 2000 ans, préserve nos lectures sans abîmer les pages.
- Une technologie increvable : Apparu avec les premiers « codex » de l’Antiquité, le marque-page est une interface physique qui n’a jamais eu besoin de mise à jour. Il reste l’outil de synchronisation le plus fiable entre l’humain et le livre.
- La passion au bout des doigts : La collection de marque-pages porte un nom savant, la « signopaginophilie ». C’est une pratique accessible à tous qui transforme un modeste support de communication en un véritable objet d’art et de souvenir.
- Un ancrage mémoriel précieux : Contrairement au numérique, le marque-page physique offre une jauge de progression tactile. Il aide notre cerveau à cartographier l’histoire et marque la fin d’une session de lecture comme un véritable rituel de déconnexion.
- Une communauté bien vivante : Entre les salons spécialisés comme celui de Malo-les-Bains et les échanges mondiaux sous le hashtag #WoBoDa, cet accessoire prouve que le plaisir de lire est aussi une expérience de partage et de design.