Le Rassemblement National et LFI piratés : deux affaires qui inquiètent à 10 mois de la présidentielle 2027
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Rubrique Cyber-Sécurité
Le Rassemblement National a été victime d’un piratage spectaculaire dans la nuit du 20 au 21 juillet 2026 : site défiguré, photo de Marine Le Pen remplacée par un chat aux couleurs algériennes et marocaines, et son compte X détourné. Quelques semaines plus tôt, c’était La France Insoumise qui voyait les données de 120 000 militants fuiter. Deux partis aux antipodes idéologiques, mais une même fragilité cyber. Alors que la présidentielle 2027 approche, ces incidents soulèvent une question urgente : les formations politiques françaises sont-elles prêtes à protéger les données de leurs élus, militants et sympathisants ?
Quand la politique devient le terrain de jeu favori des hackeurs
En l’espace de seulement quelques semaines, le paysage politique français vient de prendre une sacrée douche froide numérique. On pensait les états-majors des partis barricadés derrière des systèmes de sécurité robustes, surtout avec les échéances qui approchent à grands pas. C’est tout le contraire. Il y a quelques jours, le Rassemblement National s’est retrouvé sous le feu des projecteurs après une intrusion ultra-visible, presque humiliante pour ses cadres. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Un peu plus tôt, au mois de mai, c’est La France Insoumise qui faisait la douloureuse expérience d’une fuite massive. Les données personnelles de dizaines de milliers de personnes engagées dans le mouvement se sont retrouvées sur des forums où s’échangent les pires fichiers du web.
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Ces deux affaires ne sont pas de simples anecdotes de l’histoire du web. Elles mettent en lumière un problème bien plus profond. Les partis politiques sont devenus des cibles prioritaires pour les cybercriminels, et ce n’est pas près de s’arrêter. Pourquoi ? Parce qu’ils brassent une quantité astronomique d’informations confidentielles, mais sans forcément avoir les reins assez solides pour faire face à des attaquants déterminés. On se retrouve donc avec une situation un peu absurde où des structures qui aspirent à diriger le pays galèrent à sécuriser leur propre site internet. Et le timing ne pouvait pas être pire. À moins d’un an du scrutin présidentiel, ces vulnérabilités répétées posent de vraies questions sur la sécurité de notre démocratie. Cet enchaînement d’attaques montre bien que personne n’est à l’abri, peu importe le bord politique ou les discours sur la souveraineté.
Un chat, de la crypto et des mots de passe trop simples au RN
Le piratage qui a ciblé la formation d’extrême droite dans la nuit du 20 au 21 juillet a des airs de mauvaise farce, mais les conséquences réelles s’avèrent bien plus lourdes. Visuellement, l’attaque a frappé fort. Les internautes qui se connectaient sur le site officiel ont eu la surprise de découvrir un chat affublé des drapeaux algérien et marocain en lieu et place du visage de Marine Le Pen. C’est ce qu’on appelle dans le milieu un « defacement », une modification cosmétique pour marquer son territoire et afficher le piratage aux yeux de tous. Au même moment, le compte X de la députée a commencé à raconter n’importe quoi, publiant des messages pour promouvoir une cryptomonnaie douteuse appelée « $LEPEN ». Le message a vite sauté, mais le mal était fait. La preuve était apportée que la sécurité de ces accès ne tenait qu’à un fil.
Derrière la provocation visuelle, les coulisses techniques de l’attaque font grincer des dents. Le pirate derrière l’opération n’a pas eu besoin de déployer des outils dignes de la NSA. Il a simplement profité d’une faille sur WordPress, le système de gestion de contenu utilisé pour faire tourner le site du mouvement. Un simple paquet de données bien ciblé et envoyé de manière anonyme aura suffi à s’emparer des clés du site du RN, par le biais de wp2shell, une faille de sécurité majeure que beaucoup de sites n’ont pas encore corrigé d’ailleurs. Plus embarrassant encore, la compromission des réseaux sociaux de la leader du parti viendrait d’une bête négligence sur la force de son mot de passe.
Le hasard du calendrier est cocasse... il y a quelques jours, une des failles informatiques les plus critiques, wp2shell était révélée au grand public.
Pour les nombreux néophytes qui me lisent, cette faille touche un des systèmes de création et gestion de sites internet le plus connu au monde, WordPress. Service Public.
SaxX
Mais le vrai point de friction concerne la nature des données potentiellement compromises. Le hackeur affirme haut et fort être reparti avec des dossiers sensibles, notamment des copies de cartes nationales d’identité et des formulaires d’inscription de candidats pour les prochaines élections municipales. Du côté du mouvement, on s’est empressé de porter plainte tout en relativisant l’impact. Le discours officiel est clair : « aucune donnée personnelle n’a fuité ». Une ligne de défense classique pour rassurer les troupes, mais qui se heurte souvent à la réalité des enquêtes techniques. Quoi qu’il en soit, cette affaire laisse de grosses traces et montre qu’un attaquant motivé, même isolé, peut faire vaciller la vitrine numérique d’un grand parti.
Le précédent de La France Insoumise ou la mise à nu du militantisme
L’attaque contre le parti de Marine Le Pen résonne d’autant plus fort qu’elle fait directement écho à ce qui est arrivé à La France Insoumise un peu plus tôt. En mai 2026, la plateforme « Action Populaire », le cœur battant du militantisme de gauche sur le web, se faisait fracturer par un pirate. Là, pas de revendication politique farfelue ni de blague avec des animaux sur la page d’accueil. L’opération était purement lucrative et discrète. Le pirate a tranquillement mis en vente une base de données contenant les informations de près de 120 000 sympathisants et membres actifs. Dans le lot, on trouvait des adresses mails, des noms, des prénoms, mais aussi environ 20 000 numéros de téléphone et des adresses postales bien précises.
La direction du mouvement a dû se résoudre à envoyer un courriel d’avertissement à ses adhérents pour confirmer la mauvaise nouvelle et annoncer le dépôt d’une plainte. Certes, les codes de cartes bancaires n’étaient pas stockés sur ce serveur, ce qui évite le piratage financier direct, mais le préjudice est ailleurs. En mettant la main sur ces fichiers, le pirate a récupéré une cartographie ultra-précise de l’engagement politique de milliers de citoyens.
Pour les personnes concernées, ce n’est pas juste une question de spams ou de coups de fil publicitaires agaçants. C’est la porte ouverte à des campagnes de phishing ultra-ciblées, où des escrocs pourraient se faire passer pour le parti afin de soutirer de l’argent ou d’autres identifiants. Dans le pire des scénarios, on peut imaginer du harcèlement ciblé ou du fichage sauvage. Ces données d’opinion sont extrêmement protégées par la loi française et le RGPD, précisément parce qu’elles touchent à l’intimité des convictions de chacun. Voir ces listes se balader sur le dark web est un signal d’alarme majeur pour la liberté de militer sereinement.
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Des budgets de bouts de ficelle face à des menaces professionnelles
Quand on regarde ces deux affaires de plus près, on se demande bien comment des structures si puissantes sur la scène publique peuvent se faire piéger de la sorte. La vérité est assez triviale : les formations politiques gèrent leur informatique avec des moyens souvent dérisoires par rapport aux enjeux. Contrairement à une banque ou à une grande entreprise du CAC 40, un parti n’a pas un budget illimité à allouer à la sécurité de ses serveurs. L’argent va d’abord dans les tracts, les meetings, les affiches et la communication. La technique passe après, souvent gérée par des bénévoles débordés ou des prestataires externes payés au lance-pierre qui installent des outils grand public sans trop regarder les mises à jour.
Le recours massif à WordPress ou à des développements « maison » pas toujours testés crée des trous géants dans la raquette. Un site internet vivant, sur lequel des milliers de personnes s’inscrivent chaque jour, demande une maintenance quotidienne. Si personne ne passe derrière pour coller des rustines sur les failles de sécurité dès qu’elles sortent, l’accident est inévitable. En réalité, le problème ne vient pas seulement des logiciels, il découle aussi de mauvaises habitudes bien ancrées. Quand on décortique les failles récentes, on se rend compte que plusieurs facteurs reviennent systématiquement :
- Un manque de formation flagrant : Les équipes et les cadres manipulent des outils numériques tous les jours sans jamais avoir été sensibilisés aux règles de base de la sécurité informatique.
- L’absence de double authentification : C’est pourtant la norme aujourd’hui, mais la validation en deux étapes est trop souvent zappée sur les accès les plus sensibles, facilitant la tâche des pirates.
- La mauvaise gestion des documents : Des pièces d’identité envoyées par des candidats ou des militants restent stockées des mois sur des serveurs au lieu d’être supprimées immédiatement après vérification.
Une culture du secret qui pousse à cacher les failles plutôt qu’à les réparer.
Cette fragilité est d’autant plus frappante qu’en cette année 2026, la France essuie une tempête de cyberattaques sans précédent. Des grands hôpitaux ont vu leurs services paralysés, des universités ont perdu leurs données d’étudiants et même l’ANTS a dû batailler contre des intrusions. Si des institutions de l’État avec des ingénieurs dédiés se font secouer, les partis politiques, avec leur culture cyber quasi inexistante, font figure de proies faciles. Ils manipulent des matières explosives, à savoir les opinions politiques des gens, mais avec la légèreté d’un blog de cuisine.
Les services secrets étrangers en embuscade pour 2027
La grande inquiétude qui agite les spécialistes de la sécurité informatique, c’est le profil des attaquants à venir. Pour l’instant, le RN et LFI ont eu affaire à des hackeurs opportunistes ou à de jeunes informaticiens un peu frimeurs qui cherchent à se faire un nom ou à gratter quelques cryptomonnaies. C’est embêtant, mais cela reste de la criminalité de basse intensité. La vraie question, celle qui donne des sueurs froides aux agents de la DGSI et aux experts de l’ANSSI, concerne les puissances étrangères. Si un jeune pirate indépendant arrive à faire sauter les verrous d’un parti en quelques heures, qu’est-ce qui empêche un groupe de hackeurs d’État, gracieusement financé par Moscou, Pékin ou Téhéran, d’en faire autant ?
Rien, pour être tout à fait franc. Il est fort probable que des services de renseignement étrangers soient déjà installés discrètement dans les serveurs de plusieurs mouvements politiques français, sans que personne ne s’en soit rendu compte. Contrairement aux pirates du dimanche, ces acteurs-là ne cherchent pas à remplacer des photos par des chats ou à revendre des fichiers pour trois sous. Ils observent, ils écoutent, ils stockent les boules puantes et les correspondances privées des futurs dirigeants du pays.
L’objectif à long terme est bien plus vicieux : peser sur l’élection présidentielle de 2027. En diffusant des mails internes au bon moment, en modifiant subtilement des fichiers d’électeurs ou en orchestrant des rumeurs basées sur de vraies fuites, ces puissances peuvent déstabiliser un candidat ou semer le doute sur la légitimité même du vote. On a déjà vu ce film aux États-Unis ou lors des MacronLeaks en 2017. Dix ans plus tard, les méthodes se sont perfectionnées et nos partis politiques semblent n’avoir pas retenu la leçon.
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Vers un grand coup de balai numérique avant le vote final ?
Le constat est là, brut et sans concessions. À moins de dix mois du premier tour de l’élection présidentielle, la sécurité numérique des forces politiques est au plus bas. Les citoyens confient leurs données à des organisations qui ne sont pas foutues de les garder à l’abri. Cette situation pourrait bien forcer les autorités à taper du poing sur la table. On commence à entendre s’élever des voix chez certains députés et du côté de la CNIL pour imposer des règles de sécurité strictes et auditées aux structures qui reçoivent de l’argent public pour faire campagne.
La suite de l’histoire va dépendre de la capacité de sursaut des états-majors. S’ils continuent à voir la cybersécurité comme un coût inutile ou une contrainte de geeks, les prochains mois s’annoncent chaotiques. Les attaques de mai et juillet 2026 doivent servir d’électrochoc. La confiance des électeurs se gagne dans les urnes, mais elle peut se perdre très vite sur un écran.
Il reste encore un peu de temps pour redresser la barre, changer les mots de passe, embaucher de vrais experts et nettoyer les serveurs obsolètes. La campagne de 2027 ne se jouera pas seulement sur les plateaux de télévision ou sur les marchés, elle se jouera aussi en coulisses, dans le code des applications et la solidité des bases de données. Reste à savoir si nos futurs candidats ont enfin compris que le risque numérique est devenu un risque politique majeur.
Ce qu’il faut retenir :
- Une double claque numérique : En l’espace de deux mois, le RN (site défiguré et compte X piraté) et LFI (fuite des données de 120 000 militants) ont prouvé qu’aucun bord politique n’est à l’abri des cyberattaques.
- La politique du mot de passe « 12345 » : L’utilisation d’outils grand public mal mis à jour et le manque flagrant de double authentification transforment les sites des partis en cibles ultra-faciles pour les hackeurs.
- Vos opinions politiques dans la nature : Au-delà des serveurs piratés, ce sont des milliers de données ultra-sensibles (identités, mails, numéros de téléphone) qui circulent sur le dark web, ouvrant la porte à des arnaques ciblées.
- L’ombre des puissances étrangères : Si de jeunes pirates opportunistes ont suffi à faire trembler les états-majors, les services de renseignement étrangers (Russie, Chine) représentent la vraie menace invisible pour saboter le scrutin.
- Le chrono tourne pour 2027 : À seulement dix mois du premier tour de la présidentielle, la cybersécurité n’est plus un sujet de techniciens, mais un enjeu démocratique majeur. Les partis doivent d’urgence nettoyer leurs serveurs.