Deepfakes, chatbots et post-vérité : le manuel de survie pour la semaine EMI (24-31 octobre)
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Rubrique Tendances & Actus
Du 24 au 31 octobre, le monde célèbre la Semaine mondiale de l'éducation aux médias et à l'information (EMI). L’édition 2025 est plus cruciale que jamais, car elle se tient sous le thème percutant et non moins anxiogène : « Les esprits au-dessus de l'IA - MIL dans les espaces numériques ». Tandis que l’intelligence artificielle générative révolutionne à une vitesse fulgurante notre manière de créer, de consommer et d’interagir avec l’information, elle pose des défis inédits : prolifération des deepfakes, automatisation de la désinformation et confusion grandissante entre réalité et simulation. Pour terminer le petit tour du Bemac de cette fin de semaine, nous fêtons aussi les Florentin.
Les esprits au-dessus de l'IA - MIL dans les espaces numériques
L’UNESCO a bien choisi son angle cette année. Il ne s’agit pas d’interdire les outils d’IA, ce serait absurde, mais de rappeler que notre capacité de jugement critique ne doit jamais être déléguée à un programme informatique. Regardons les choses en face : en 2025, nous avons des systèmes capables de générer un article de presse complet, une voix humaine crédible, ou même une vidéo réaliste d’une personne qui n’a jamais prononcé ces mots, tout cela en quelques secondes. Ces créations synthétiques sont si convaincantes qu’elles surpassent souvent nos mécanismes naturels de détection du faux.
Quand on lit un texte rédigé par un humain, on sent parfois des nuances, une émotion, voire des fautes qui trahissent une certaine authenticité. L’IA, elle, produit de la vraisemblance parfaite, sans âme, mais d’une redoutable efficacité pour nous manipuler. Pour le citoyen que vous êtes, pour l’internaute que je suis, il est vital de se former à reconnaître cette nouvelle forme de simulation.
Le temps fort de cette Semaine mondiale de l'éducation aux médias et à l'information (EMI) sera la Conférence organisée par l'UNESCO et la République de Colombie. Celle-ci se tiendra les 23 et 24 octobre à Carthagène des Indes. L'événement se concentrera sur la relation cruciale entre l'éducation aux médias et l'intelligence artificielle, pour comprendre comment cette technologie transforme le paysage de l'information et pourquoi l'EMI est devenue indispensable.
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Le grand paradoxe numérique : usage massif contre vigilance fragile
Les usages numériques et leurs risques révèlent un paradoxe saisissant dans l'écosystème de l'information actuel. D'après l'UNESCO et IPSOS (2023), une large majorité des internautes, soit 56% d'entre eux, s'appuient fréquemment sur les médias sociaux pour suivre l'actualité. Pourtant, cette confiance contraste fortement avec la prudence affichée par les citoyens : 85% d’entre eux s’inquiètent de l’impact de la désinformation en ligne. Cette anxiété est légitime quand on sait que près des deux tiers (2/3) des créateurs de contenu numérique ne prennent pas le temps de vérifier systématiquement leurs informations avant de les partager, selon une autre étude de l’UNESCO (2024).
Parallèlement, l’intégration de l’Intelligence Artificielle s’accélère, notamment chez la nouvelle génération : 80% des jeunes utilisent déjà des outils et services d’IA plusieurs fois par jour à des fins éducatives. Ces chiffres soulignent l'urgence de la Semaine de l'EMI : nous sommes dépendants des plateformes, conscients du danger, et l'IA, omniprésente, exige un renforcement immédiat de notre esprit critique.
Quand l’algorithme se fait prophète de la désinformation
Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’intelligence artificielle permet d’industrialiser la désinformation. Autrefois, créer une fausse nouvelle demandait du temps, de l’argent et une certaine habileté. Aujourd’hui, une seule entité, souvent anonyme et lointaine, peut produire des milliers de messages, de commentaires et de contenus visuels pour inonder les plateformes, les réseaux sociaux. C’est ce qu’on appelle la désinformation automatisée. Elle ne cherche pas toujours à nous faire croire une seule chose ; elle vise surtout à créer du doute généralisé.
Si tout est erroné, alors plus rien n’a d’importance. C’est un danger réel pour la cohésion sociale et la démocratie. Le thème de l’EMI nous invite donc à reprendre le contrôle de notre espace mental, pour ne plus être les jouets de ces opérations d’influence à grande échelle. C’est une question de souveraineté cognitive.
L’intelligence artificielle (IA) bouleverse notre façon d’apprendre, de créer et de participer. Les algorithmes alimentent désormais nos fils d’actualité, les médias synthétiques redéfinissent l’art et les récits, et les systèmes automatisés influencent le débat public à une échelle inédite. Dans ce nouveau paysage, l’éducation aux médias et à l’information n’a jamais été aussi essentielle. Alors que les contenus générés par l’IA inondent les espaces numériques, la consommation des erreurs systémiques qu’ils produisent ne fait que croître. En effet, les moteurs de recherche fondés sur l’intelligence artificielle citent des sources d’information incorrectes, et ce, à un taux alarmant qui atteint 60
Audrey Azoulay Directrice générale de l’UNESCO
L’érosion silencieuse de la confiance
Il y a quelque chose de subtil et de terriblement efficace dans la manière dont ces contenus sapent notre confiance. Lorsque l’on découvre qu’une photo de guerre ou qu’un discours politique très écouté n’était qu’une pure fabrication numérique, ce n’est pas seulement la nouvelle elle-même qui est mise en cause. C’est toute la chaîne de l’information. On en vient à se demander si les médias traditionnels, les scientifiques, les experts ne sont pas eux aussi manipulés ou dépassés. Cette érosion de la confiance est le vrai dommage collatéral de l’IA dans le monde de l’information. L’éducation aux médias et à l’information est la seule discipline qui nous enseigne à identifier les biais, à vérifier les sources et à comprendre les modèles économiques qui régissent le flux d’actualité sur nos écrans. Elle est le contrepoison nécessaire.
Le principe de la pause : notre seule parade efficace
En fait, il n’existe pas de solution technologique miracle. Les outils de détection de deepfakes sont eux-mêmes dépassés par la vitesse d’apprentissage des nouveaux modèles d’IA. Notre meilleure défense, c’est vous, c’est moi, c’est notre bon sens. La semaine de l’EMI nous pousse à appliquer le « principe de la pause ». C’est simple et incroyablement efficace. Si un contenu sur les réseaux sociaux vous fait ressentir une émotion très forte, de la colère, de l’indignation, un grand espoir, ne partagez pas immédiatement. Attendez quelques minutes. Laissez l’émotion redescendre. Cette petite attente permet à votre cerveau de passer du mode « réaction » au mode « analyse ». C’est dans ce court laps de temps que vous avez la possibilité de faire une recherche rapide, une contre-vérification avant de propager une fausse information. C’est un geste citoyen essentiel.
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Les nouveaux réflexes du citoyen numérique
S’éduquer aux médias en 2025, c’est acquérir de nouveaux réflexes qui vont au-delà de la simple vérification de la source. Aujourd’hui, il faut aussi interroger le « comment » le contenu a été produit. Si vous voyez une image étrange, faites une recherche inversée pour voir son historique. Si vous lisez un texte d’expert, demandez-vous s’il cite ses sources de manière transparente ou s’il « hallucine », comme le font parfois les modèles conversationnels, en inventant des faits avec aplomb. Rappelez-vous que tout ce qui est généré par un algorithme reflète, sans le critiquer, l'immense tas de données qu'il a avalé, y compris tous les biais et les fausses informations qui y étaient contenus. Ce n’est pas l’outil qui est neutre, c’est son usage qui doit l’être. Notre rôle est d’être l’auditeur critique de l’IA !
Reprendre la main sur notre jugement
La Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information n’est pas seulement une série d’événements du 24 au 31 octobre ; c’est un appel permanent à la responsabilité individuelle. En adoptant ces quelques habitudes, la pause émotionnelle, la vérification par l’historique et la recherche de la source primaire, l’internaute lambda passe du statut de consommateur passif, et donc de cible, à celui de citoyen numérique actif. Nous sommes tous des maillons de cette chaîne d’information. Si nous partageons n’importe quoi, nous donnons du carburant à la machine à désinformation.
Si nous faisons preuve de discernement, nous contribuons à créer une immunité collective dans l’écosystème numérique. L’éducation aux médias n’est donc pas un luxe ; elle est la compétence de base du XXIe siècle, celle qui nous permet de rester humains et de rester maîtres de notre jugement face à la puissance algorithmique. C’est la seule bataille que l’on ne peut pas se permettre de perdre.