La Journée de l’égalité des chances : un hommage non-officiel à Nelson Mandela

Publié le vendredi 05 décembre 2025 08h30
Le 5 décembre est célébré par beaucoup comme la Journée mondiale de l’égalité des chances, un rendez-vous annuel devenu incontournable dans le milieu éducatif et associatif français. Cette date symbolique, choisie en hommage à Nelson Mandela, est pourtant une initiative non officielle qui n’a jamais été reconnue par l’ONU ou les grandes instances internationales. Principalement portée par des collectivités et des établissements scolaires, elle sert de puissant rappel : celui que l’éducation reste le levier le plus essentiel pour construire un monde plus juste, loin des discriminations sociales ou ethniques. Pour terminer le petit tour du BeMac de ce cette fin de semaine, nous fêtons les Gérald.
Des enfants de toutes origines à l’école (Crédit : Alex.I)

Journée de l’égalité des chances : une date symbolique pour un combat planétaire


Tous les ans, le 5 décembre est une date qui revient sur le devant de la scène dans beaucoup d’établissements scolaires et de collectivités, principalement en France et dans certains pays francophones. On l’appelle la Journée mondiale de l’égalité des chances, une initiative non officielle qui n’est pas reconnue par l’ONU ou les grandes organisations internationales. Le choix du 5 décembre ne doit évidemment rien au hasard : c’est le jour où Nelson Mandela nous a quittés en 2013.

Ce défenseur des droits humains, figure de la lutte contre l’apartheid, a toujours insisté sur un point fondamental : l’éducation. Pour lui, comme il le disait si bien, « l’éducation est l’arme la plus puissante que vous puissiez utiliser pour changer le monde ». Cette journée est donc une manière de se souvenir de lui, bien sûr, mais surtout de perpétuer son œuvre, ce long combat pour que chacun ait la chance de réussir, peu importe sa couleur de peau, son genre, sa religion ou son milieu d’origine. C’est un rappel constant que l’accès à une éducation de qualité pour tous, sans distinction, reste un levier essentiel pour réduire les inégalités.

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De l’Île-de-France aux réseaux sociaux : l’envol d’une commémoration


Cette journée a commencé à prendre forme et à être promue timidement en France dès 2014-2015. Au début, ce sont davantage les acteurs de l’éducation, écoles, collèges, lycées, missions locales, associations, qui se sont saisis de l’idée. On trouve d’ailleurs des traces des premières initiatives organisées dans la région Île-de-France et certaines académies, comme celles de Créteil ou de Versailles, qui lançaient des événements autour de cette date sous l’appellation « Journée de l’égalité des chances » ou même « Journée Mandela ». Depuis ce coup d’envoi initial, la pratique s’est diffusée progressivement à travers le territoire. Malgré tout, et il faut le souligner, elle n’a jamais obtenu la reconnaissance officielle qui l’inscrirait au calendrier de l’UNESCO ou de l’ONU, ce qui ne l’empêche pas de jouer un rôle concret dans le débat public et pédagogique.

Pourquoi on la célèbre : le rôle pédagogique et militant


Concrètement, à quoi sert cette journée qui ne possède pas de statut officiel ? Elle devient en fait un très bon prétexte pour mener des actions autant pédagogiques que militantes sur le terrain. L’idée principale est de sensibiliser les jeunes, dès le plus jeune âge, à l’importance cruciale de l’égalité des chances. Cela passe par l’organisation de débats, la mise en place d’expositions ou de conférences sur des thématiques très actuelles comme les discriminations, la notion de mérite, l’accès à l’enseignement supérieur, ou encore l’existence des filières d’excellence et des dispositifs d’aide comme les bourses.

C’est aussi l’occasion de mettre en avant des parcours inspirants, ces belles réussites de personnes qui ont su se démarquer malgré des origines modestes ou des discriminations qu’elles ont subies. Enfin, elle permet de faire connaître les dispositifs déjà existants, à l’image des "cordées de la réussite" ou des "internats d’excellence", qui sont justement là pour aider les jeunes qui partent avec un handicap social à le surmonter.

L’égalité des chances, un concept qui se heurte à la réalité


Mais au fond, de quoi parle-t-on exactement quand on évoque l’égalité des chances ? C’est une notion exigeante, qui postule que le statut social d’un individu ne devrait plus être le résultat des caractéristiques de ses parents, qu’elles soient financières, ethniques, religieuses ou sociales. En clair, elle veut que notre réussite repose uniquement sur nos efforts et ce que nous sommes capables d’apporter à la société. L’objectif est de garantir à tous la même capacité d’accès et les mêmes opportunités d’obtenir des ressources essentielles comme un emploi, un logement ou, encore une fois, l’éducation, sans être freiné par des facteurs non pertinents. Or, la réalité est souvent bien différente.

Les chiffres qui fâchent : quand l’origine sociale pèse de tout son poids


En France, le système éducatif, censé être le temple de l’égalité, est en réalité l’un de ceux où les inégalités sociales sont les plus marquées parmi les pays de l’OCDE. L’origine sociale d’un enfant y pèse très lourd, et ces écarts ont même tendance à s’aggraver sur certaines périodes.

L’écart de performance dès le primaire : L’Insee nous apprend que les inégalités commencent très tôt, avant même l’entrée au CP. Dès la maternelle, les enfants issus de milieux très favorisés ont déjà des acquis qui sont nettement supérieurs à ceux des familles défavorisées. Ces écarts se creusent ensuite : en CE1, par exemple, seulement 47 % des élèves en REP+ (les territoires d’éducation prioritaire les plus défavorisés) maîtrisent correctement la compréhension des mots à l’oral, contre près de 80 % dans les écoles publiques hors éducation prioritaire.

Les compétences acquises par les élèves diffèrent fortement selon leur origine sociale. Les inégalités commencent à se former avant l’entrée à l’école. Dès l’entrée en maternelle, les enfants dont les parents sont de milieu social très favorisé ont des acquis nettement supérieurs aux enfants des familles de milieu défavorisé.
Inégalités sociales dans l’enseignement scolaire


Les disparités au collège et au-delà : Le phénomène s’accentue avec l’âge. En troisième, 21 % des élèves issus de catégories défavorisées ont redoublé au moins une fois, contre seulement 5 % pour les élèves de catégories très favorisées. Une étude de la Conférence des grandes écoles montrait également que les enfants de cadres supérieurs et de professions libérales représentent environ 52 % des effectifs des classes préparatoires aux grandes écoles, alors qu’ils ne représentent que 16 % des élèves en sixième. C’est la preuve que les portes des filières les plus sélectives sont encore largement réservées à une élite sociale.

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L’angle des discriminations : au-delà du social, l’origine migratoire


Au-delà de l’origine sociale, d’autres critères viennent complexifier la question de l’égalité des chances, notamment l’origine migratoire. Si la France ne dispose pas de "statistiques ethniques" officielles, les études fondées sur l’origine migratoire (le fait d’être né étranger ou d’avoir des parents immigrés) révèlent elles aussi des disparités.

Le poids de l’immigration sur les résultats : Les enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) montrent un écart significatif. En 2015, la performance en sciences des élèves issus de l’immigration était inférieure de 62 points à celle des élèves non-immigrés, un écart bien plus important que la moyenne observée dans les pays de l’OCDE (où il est de 43 points). Cet indicateur montre que les difficultés s’accumulent pour ces élèves.

La perception des discriminations : Les données subjectives, issues des enquêtes de l’Insee, confirment un ressenti très fort. Par exemple, une proportion importante des immigrés originaires du Maghreb déclarent percevoir « souvent » des discriminations liées à leur couleur de peau ou à leur origine en France. En 2013, 42 % des immigrés originaires d’Algérie optaient pour la modalité « souvent » dans leur réponse à la question sur leur représentation des discriminations liées à l’origine ou la couleur de la peau.

Ces chiffres nous rappellent que le concept d’égalité des chances est un chantier constant. Si la Journée du 5 décembre est symbolique, elle reste une piqûre de rappel nécessaire pour ne pas baisser les bras face à ces réalités statistiques. L’éducation est bel et bien « l’arme la plus puissante », mais à condition qu’elle soit accessible et équitable pour tous.

Une place légitime de cette journée au calendrier de l’UNESCO ?


Si la Journée de l’égalité des chances n’est à ce jour qu’une initiative locale, son message, lui, est fondamentalement universel et mérite une bien plus large résonance. Le combat pour garantir à tous l’accès à une éducation sans distinction est en parfaite adéquation avec le mandat de l’UNESCO, organisation phare des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. Officialiser ce rendez-vous du 5 décembre serait un moyen puissant de rendre un hommage pérenne à Nelson Mandela et d’inscrire son héritage au cœur des préoccupations mondiales. En reconnaissant officiellement cette date, l’UNESCO donnerait un élan international décisif aux acteurs locaux qui luttent quotidiennement contre les discriminations et pour un avenir plus juste pour la jeunesse du monde entier.
 
chabot thierry
Passionné d'informatique depuis ses débuts sur PC-1512, Thierry est l'expert référent de TheSiteOueb pour les thématiques liées au Web, aux OS et à la sécurité informatique. Acteur engagé de l'entraide communautaire sous le pseudonyme Cthierry, il met son expertise technique au service des utilisateurs pour décrypter l'actualité numérique et résoudre leurs problématiques quotidiennes.

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