Le « fist bump » a-t-il tué la poignée de main ? L’évolution du bonjour en 2025
Publié le vendredi 21 novembre 2025 08h46
Aujourd’hui, le 21 novembre, on célèbre le geste le plus simple et pourtant le plus puissant de nos interactions : le bonjour. C’est en effet la Journée mondiale du bonjour ! Si cette date, instaurée en 1973 en pleine crise internationale, est dédiée à la reconnaissance de l’autre, elle soulève une question linguistique fascinante : pourquoi cette formule, jadis écrite en deux mots, s’est-elle soudée pour devenir la salutation que nous connaissons tous ? Et comment, à l’ère numérique, ce mot résiste-t-il, s’adaptant sans jamais disparaître ? Plongeons dans l’histoire, la psychologie et l’évolution de cette formule courte et essentielle.
Un fist bump à 4 mains entre copains (Crédit : StockSnap )
Le 21 novembre, la Journée mondiale pour se dire bonjour
Il est amusant de penser qu’une salutation aussi banale ait sa propre journée mondiale, n’est-ce pas ? Pourtant, l’origine de celle-ci, que l’on nomme « World Hello Day » chez les anglophones, est loin d’être anecdotique. Il faut remonter à l’automne 1973, durant la guerre du Kippour, pour en comprendre l’urgence. Deux frères américains, Brian et Michael McCormack, se sont alors demandés ce qu’ils pouvaient faire, à leur échelle, face à ce conflit qui déchirait une partie du monde. Et leur réponse fut incroyablement simple, désarmante même : la communication. Leur idée géniale fut d’inviter chacun, partout sur la planète, à saluer au moins dix personnes dans la journée.
Publicité
Il ne s’agissait pas d’envoyer un colis, ni de faire un discours fleuve, juste de dire « bonjour ». Pour eux, reconnaître la présence d’autrui, établir un contact personnel et simple, était le point de départ nécessaire pour désamorcer les tensions et favoriser l’empathie. L’initiative prit, et aujourd’hui, dans plus de 180 pays, on se souvient que la paix peut commencer par ce petit geste. On voit bien que cet anniversaire n’est pas qu’une simple fête du calendrier ; il est le marqueur que l’humanité a besoin de cette reconnaissance mutuelle pour avancer.
Événement mondial, la Journée mondiale du bonjour unit les initiatives locales à une expression globale de la paix. Parmi les personnalités qui ont reconnu la valeur de cette journée, on compte 31 lauréats du prix Nobel de la paix. La Journée mondiale du bonjour est un instrument de préservation de la paix et une occasion pour chacun, partout dans le monde, de contribuer à son édification.. World Hello Day
Le grand mystère de la soudure : pourquoi « bonjour » et pas « bon jour » ?
C’est une question que se posent beaucoup de gens en France, en Belgique ou au Québec : pourquoi, après tout, n’écrit-on plus « bon jour » en deux mots ? Et c’est là que la linguistique vient éclairer notre quotidien. À l’origine, évidemment, il s’agissait bel et bien d’un souhait, d’une formule aimable que l’on adressait à l’autre : « Que vous passiez un bon jour ». Mais au fil des siècles, et c’est un phénomène très fréquent dans toutes les langues, l’usage a modifié la forme. Quand deux mots sont constamment répétés côte à côte, quand ils forment une séquence sonore unique et qu’ils perdent leur sens initial pour en adopter un nouveau, ils finissent par fusionner. On appelle cela l’agglutination ou la soudure.
Pour notre formule, le sens n’est plus « un bon quelque chose », mais est devenu une pure interjection, un simple signal pour dire « Je vous salue ». Le mot a perdu sa valeur descriptive pour devenir une simple formule d’appel. Pensez-y, on ne réfléchit plus à l’adjectif « bon » quand on le prononce. L’Académie française, ainsi que les dictionnaires, a simplement entériné cet usage de longue date pour distinguer la salutation figée, l’unité de sens, du groupe de mots que l’on pourrait encore écrire, mais qui n’a qu’un usage très rare : « J’ai passé un très bon jour de repos », par exemple. Cette mécanique linguistique nous montre à quel point notre manière de parler est organique, elle change, se remodèle en permanence, et c’est fascinant.
La résistance de la formule face au temps
On pourrait se dire que l’arrivée de la messagerie instantanée, des réseaux sociaux, ou le simple raccourcissement du temps disponible, auraient dû tuer cette salutation. Qui a le temps de taper « bonjour » alors qu’un simple « salut » ou même un « slt » suffit ? Pourtant, notre mot fétiche continue de dominer. Pourquoi une telle résistance ? Parce qu’il occupe un espace précis que les autres n’arrivent pas à combler. Il est le marqueur de la politesse et du respect ; il est l’outil qui permet de s’adresser à un inconnu, à son supérieur hiérarchique, à l’administration, ou simplement au boulanger, sans aucune ambiguïté. C’est la formule par défaut, le socle de notre interaction sociale. « Salut », par exemple, est un excellent outil, mais il est limité aux cercles familiers, aux amis, ou aux collègues que l’on tutoie. D’autres expressions très orales comme le « Wesh » ou le « Ça dit quoi ? » sont encore plus spécifiques à certaines générations ou à des contextes très précis. Ces dernières sont souvent une manière de dire « bonjour » et « comment vas-tu » en une seule fois, un gain de temps, mais elles ne remplacent jamais notre formule standard dans un contexte formel. Ce sont des compléments, des variations, mais jamais des substituts universels.
L’art de dire « bonjour » en 2025 : les codes qui évoluent
Même si le mot reste le même, la façon de le prononcer, de l’écrire, et les gestes qui l’accompagnent, continuent d’évoluer, c’est inévitable. Sur le plan purement oral, on observe une multiplication des usages qui dépendent surtout de l’âge de ceux qui s’adressent.
Pour les e-mails et les correspondances professionnelles, le mot, suivi d’une virgule et du prénom, reste la norme incontournable.
En entreprise, l’usage de « Bonjour à tous » marque le début d’une réunion ou d’une visioconférence, instaurant immédiatement le cadre professionnel.
Chez les jeunes, l’utilisation de « Coucou » est de plus en plus fréquente à l’écrit, même en début de conversation avec un proche, car il véhicule une idée de douceur et de familiarité.
Mais ce qui a été le plus perturbé ces dernières années, c’est l’accompagnement physique. On se souvient des grandes discussions sur la bise : combien en faire, sur quelle joue commencer, et qui doit la faire à qui. Aujourd’hui, la poignée de main professionnelle est devenue un peu plus rare, et la bise encore plus réservée au cercle très intime. On assiste de plus en plus à un simple hochement de tête souriant, à un petit geste de la main, ou, si l’on est plus à l’aise, à un simple contact visuel prolongé accompagné d’un « Bonjour » bien articulé. On cherche le juste milieu entre le contact humain désiré et la distance personnelle que chacun souhaite conserver.
Publicité
L’ère post-pandémique et le triomphe du « tcheck »
Si le mot « bonjour » lui-même a su traverser le temps, ses accompagnements physiques, eux, sont en pleine mutation. La poignée de main classique, symbole de contrat et de respect professionnel, est devenue moins automatique, un peu plus rare, surtout depuis les périodes de crise sanitaire. On a appris, presque par réflexe, à éviter le contact direct des paumes. Et c’est ainsi qu’une nouvelle forme de salutation, venue tout droit des codes sportifs et de la culture populaire, a fait son apparition dans les bureaux : le « fist bump » ou le « tcheck » des phalanges.
Ce geste rapide, qui consiste à se cogner légèrement les poings, offre un compromis parfait. Il permet de reconnaître l’autre, de marquer une forme de solidarité décontractée, et de clore la salutation, tout en limitant drastiquement le risque hygiénique. Il est particulièrement apprécié dans les milieux où la culture d’entreprise est jeune et horizontale, mais il se diffuse progressivement, car il symbolise davantage une façon simple et efficace de dire « je te respecte » sans avoir à s’engager dans le formalisme parfois lourd de la poignée de main traditionnelle. Le « tcheck » n’a pas éclipsé le « bonjour », mais il lui donne une nouvelle dimension gestuelle, plus rapide et plus adaptée à nos vies ultra-connectées.
Un pont entre les humains, ici et maintenant
En fin de compte, pourquoi accordons-nous tant d’importance à cette petite formule ? Parce que c’est notre première offrande à l’autre, notre première tentative d’établir une connexion. Elle met en marche tout le mécanisme de l’interaction sociale, de la reconnaissance, de l’écoute, qui fait que nous ne sommes pas seuls. Que nous l’écrivions « bonjour » ou « bonsoir » un peu plus tard dans la journée, peu importe. Ce qui compte, c’est l’intention derrière, l’effort pour sortir de notre bulle et reconnaître que nous partageons cet espace, ce moment, avec d’autres. En cette Journée mondiale du bonjour, le message reste le même qu’en 1973 : le monde sera toujours plus petit et plus pacifique si nous nous souvenons de nous saluer, de nous reconnaître, de prendre ce petit instant pour nous souhaiter, sincèrement, un bon jour. C’est une mécanique simple, mais c’est peut-être la plus vitale de toutes.
( Temps de lecture : 8 minutes | L’illustration de notre article provient de StockSnap sur le site Internet Pixabay. Si l’image vous intéresse, vous pouvez faire un don sur le site avant de la télécharger )
chabot thierry
Passionné d'informatique depuis ses débuts sur PC-1512, Thierry est l'expert référent de TheSiteOueb pour les thématiques liées au Web, aux OS et à la sécurité informatique. Acteur engagé de l'entraide communautaire sous le pseudonyme Cthierry, il met son expertise technique au service des utilisateurs pour décrypter l'actualité numérique et résoudre leurs problématiques quotidiennes.