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Budget 2027 : l’Assemblée nationale vote le gel de la facturation électronique, quel impact concret pour les TPE ?

Date 04-11-2026 07:38:24 | Sujet : Tendances & Actus

Le 3 novembre 2026, l’Assemblée nationale a adopté un amendement suspendant l’obligation de facturation électronique pour les auto-entrepreneurs, les TPE, les PME et les agriculteurs. Présenté par le groupe LFI, ce texte instaure un moratoire que ses auteurs veulent maintenir au moins tant qu’aucun portail public de facturation n’est déployé. Mais l’amendement n’a été voté qu’en première lecture du projet de loi de finances pour 2027 et n’a pas encore force de loi. Pour les entreprises concernées, les obligations en vigueur depuis le 1er septembre 2026 restent donc applicables pour l’instant.

Une étincelle dans la nuit budgétaire de l’Assemblée


C’est le genre de rebondissement auquel le Palais-Bourbon nous a habitués lors des marathons budgétaires. Dans la soirée du 3 novembre 2026, au détour des débats nocturnes sur le projet de loi de finances pour 2027, une coalition inattendue s’est formée pour bousculer la feuille de route du gouvernement. L’amendement n° I-3426, déposé par le groupe La France insoumise, a fini par décrocher une majorité.



Au terme du scrutin, 101 voix se sont prononcées pour et 74 contre : la gauche et le Rassemblement national ont voté ensemble, face aux représentants du bloc présidentiel et de la Droite républicaine. Sur le papier, la victoire est nette pour les partisans du texte. Mais, il faut tout de suite tempérer. Il ne s’agit pas d’un texte indépendant promulgué au Journal officiel, mais d’un simple morceau ajouté à un énorme puzzle budgétaire dont le parcours ne fait que commencer. À ce stade, la mesure n’a donc aucune force de loi.

Ce que contient réellement ce texte


Pour bien saisir l’enjeu, regardons ce que l’amendement propose noir sur blanc. Il s’agit d’un article additionnel après l’article 32 du projet de loi de finances, qui complète l’article 26 de la loi de finances rectificative pour 2022, celle qui a lancé la réforme. Son idée phare : exempter une très large partie des acteurs économiques des obligations de facturation électronique et d’e-reporting, c’est-à-dire de la transmission des données de transaction à l’administration fiscale. Sont visées les micro-entreprises et les PME au sens de l’article 51 de la loi de modernisation de l’économie, ainsi que les assujettis exerçant une activité agricole. Les auto-entrepreneurs sont, eux, cités dans l’exposé des motifs.

Par contre, attention à un point de détail : le texte lui-même ne prévoit ni durée ni condition. C’est l’exposé des motifs qui précise que le moratoire devrait durer au moins tant que l’État n’aura pas déployé un portail public de facturation, accompagné d’équipes de terrain. Autrement dit, la condition est une intention affichée, pas une clause inscrite dans le dispositif.

La colère face à l’abandon du portail public gratuit


Si cette proposition a reçu un accueil aussi favorable sur certains bancs, c’est qu’elle touche une corde sensible du monde entrepreneurial. À l’origine, l’État s’était engagé à fournir un outil public, neutre et gratuit pour permettre à chaque petite structure de passer au numérique sans débourser un centime. Mais ce projet de portail a finalement été abandonné par le gouvernement le 15 octobre 2024, laissant le champ libre aux opérateurs privés et à leurs solutions payantes.

Pour les parlementaires qui ont soutenu le moratoire, la pilule ne passe toujours pas. Confier le marché aux seules plateformes partenaires agréées revient, selon eux, à faire peser une charge financière et technique intolérable sur les plus petites structures. L’affaire est lucrative pour les prestataires, mais c’est un véritable casse-tête pour l’artisan du coin ou l’auto-entrepreneur qui peine à boucler ses fins de mois. Le vote du 3 novembre cherche donc à faire pression sur l’exécutif pour qu’il revoie sa copie.

Les auteurs de l’amendement avancent aussi des arguments concrets, que nous rapportons tels quels. Ils citent une enquête de septembre 2026, menée par une plateforme agréée auprès de TPE-PME, selon laquelle 19 % des dirigeants déclarent des retards de paiement depuis le début de la réforme et 25 % des surcoûts importants. Ils évoquent aussi deux incidents de sécurité : une fuite de données chez Welyb le jour de l’entrée en vigueur, puis le piratage de la plateforme Vos factures le 28 septembre. Ils proposent enfin de s’appuyer sur Chorus Pro, déjà utilisé pour les échanges entre administrations et entreprises.

Qu’est-ce qui change aujourd’hui pour votre activité ?


Face à ce bruit médiatique, la question que tout le monde se pose ce matin est simple : faut-il abandonner son logiciel de facturation ou résilier ses abonnements en cours ? La réponse est directe : rien ne change pour vous aujourd’hui. Malgré l’écho de ce vote, le cadre légal n’a pas bougé.

Depuis le 1er septembre 2026, la première étape de la grande réforme est entrée en application. Toutes les entités assujetties à la TVA sur le territoire français doivent désormais être en mesure de recevoir des factures électroniques conformes, via une plateforme agréée. Quant à l’obligation d’émission, elle s’impose déjà aux grandes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire, tandis que les TPE et les micro-entreprises ont jusqu’au 1er septembre 2027 pour s’y conformer.

Une tolérance administrative déjà en place


Pour autant, tout n’est pas rigide dans cette transition. Conscientes des difficultés de terrain et des retards accumulés par de nombreuses structures, les autorités fiscales ont ouvert une période de tolérance pour l’année 2026, afin d’éviter les sanctions en cascade.

En clair, si vous êtes de bonne foi et pouvez démontrer que vous avez entamé des démarches de mise en conformité, même si tout n’est pas encore opérationnel chez vous, Bercy ne sortira pas le bâton d’ici la fin de l’année. Cette tolérance n’a toutefois rien à voir avec le vote des députés : elle découle d’une décision administrative prise en amont par le gouvernement pour éviter un blocage généralisé. L’adoption de l’amendement n’annule donc pas le calendrier ; elle s’ajoute à un paysage réglementaire où la souplesse était déjà de mise pour quelques mois.

Le long parcours d’un texte de loi avant d’exister pour de vrai


Si l’amendement suscite autant d’espoirs que de doutes, c’est que la fabrication de la loi est un parcours d’obstacles. Obtenir gain de cause un mardi soir à l’Assemblée ne signifie pas que la mesure sera gravée dans le marbre au Journal officiel quelques semaines plus tard.

Le projet de loi de finances pour 2027 doit maintenant passer par le Sénat, où la majorité politique est sensiblement différente de celle qui a permis ce vote. Les sénateurs pourraient retoucher la version initiale, voire supprimer purement et simplement ce moratoire lors de la navette parlementaire. De plus, l’exécutif dispose d’outils constitutionnels puissants, comme l’article 49.3, qui permet de faire adopter un texte budgétaire débarrassé des amendements qui ne lui conviennent pas.

Quelle attitude adopter pour votre entreprise dès ce matin ?


Dans ce climat d’incertitude, la prudence doit rester votre meilleure alliée. Il serait risqué de stopper vos préparatifs ou d’annuler vos contrats en comptant sur une suspension qui pourrait disparaître d’ici la fin décembre. Le plus raisonnable est de poursuivre la mise en place de vos outils de réception.

Continuez à paramétrer vos solutions ou choisissez un partenaire agréé si ce n’est pas déjà fait. Suivez de près les débats sur le PLF 2027 dans les semaines à venir, mais ne prenez pas ce vote d’étape pour une décision définitive. Si le moratoire survit au Sénat et au texte final, vous aurez tout le loisir de ralentir le rythme. Dans le cas contraire, vous serez prêt à temps et n’aurez pas à tout faire dans l’urgence le jour où la tolérance prendra fin.

Le conseil compta :
Pour les autoentrepreneurs, en attendant la mise en place définitive de la facturation électronique, vous n’avez pas l’obligation de souscrire à un logiciel payant complexe. Un livre de recettes officiel au format papier, et un registre d’achats si vous faites de la vente de biens, suffit amplement pour être en règle lors d’un contrôle URSSAF ou fiscal.


Ce qu’il faut retenir de cet épisode parlementaire


Au terme de cet épisode, on retient surtout un signal politique fort envoyé au gouvernement : la colère et l’inquiétude des très petites entreprises ne sont pas retombées face à l’abandon du portail public gratuit. Le vote du 3 novembre remet le débat sur la table de façon spectaculaire.

Sur le plan strictement juridique, en revanche, rien n’a changé pour votre gestion quotidienne. L’obligation de pouvoir recevoir des factures électroniques reste en vigueur, et la tolérance administrative continue de s’appliquer pour 2026. L’heure est donc à la veille d’information, pas au changement de cap. Il faudra attendre la promulgation définitive du budget 2027 pour savoir si ce moratoire deviendra une réalité durable ou restera une simple parenthèse dans la réforme.



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