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À partir du jeudi 19 novembre à 10 h 51, les femmes « travaillent gratuitement » selon Les Glorieuses

Date 07-11-2026 17:23:06 | Sujet : Tendances & Actus

C’est le jeudi 19 novembre 2026 à 10 h 51 que les femmes commenceront symboliquement à « travailler gratuitement » jusqu’à la fin de l’année, selon le calcul des Glorieuses. Ce rendez-vous annuel repose sur l’écart de rémunération horaire brute non ajusté de 11,8 % mesuré par Eurostat. Mais d’autres indicateurs, publiés par l’Insee, donnent des chiffres très différents selon ce que l’on mesure : 21,8 % pour le revenu salarial annuel net, autour de 13 à 14 % à temps de travail égal, et 3,6 % à emploi comparable.

Un rendez-vous devenu rituel depuis 2016


Chaque automne, l’information revient dans la presse et sur les réseaux sociaux : la newsletter féministe « Les Glorieuses » publie la date à partir de laquelle les Françaises travailleraient « gratuitement » jusqu’au 31 décembre. Pour 2026, l’échéance a été fixée au jeudi 19 novembre, très précisément à 10 h 51. Le collectif a lancé cette opération en 2016, il y a tout juste dix ans.

L’idée vient d’Islande. Le 24 octobre 2016, à 14 h 38, une marée de femmes, dont la Première ministre, avait quitté son lieu de travail pour dénoncer les inégalités salariales. Le collectif en a tiré un calcul à appliquer à la France.



La méthode est assez intuitive. Les autrices partent de l’écart de rémunération horaire brute non ajusté, publié par l’office européen Eurostat : pour la France, 11,8 %. Elles appliquent ce taux aux 252 jours ouvrés de 2026, ce qui donne environ 29,7 jours pendant lesquels les femmes travailleraient sans être payées. Sur la base d’une journée de 7 heures (9 h-17 h, pause déjeuner comprise), il suffit de décompter ce temps à rebours depuis le 31 décembre pour arriver au 19 novembre, 10 h 51. Autrement dit, si les salariées touchaient le même salaire horaire que leurs collègues masculins, leur revenu annuel serait déjà intégralement versé à cet instant précis.

Au fil des ans, la date s’est rapprochée de la fin d’année : le 6 novembre en 2023 (à 11 h 25), le 8 novembre en 2024 (à 16 h 48), le 10 novembre en 2025 (à 11 h 31). Le bond de 2026 s’explique en partie par un changement de base. D’après la presse, les calculs de 2023 et de 2025 reposaient sur l’écart de salaire à temps de travail égal mesuré par l’Insee (15,4 % puis 14,2 %). Celui de 2026 s’appuie sur l’écart horaire brut d’Eurostat, plus faible, lui-même passé de 16,7 % en 2018 à 11,8 % aujourd’hui.

11,8 %, 14 % ou 3,6 % : de quel écart parle-t-on vraiment ?


Le 11,8 % n’est qu’une façon de mesurer l’écart. C’est ce que les statisticiens appellent une donnée brute : Eurostat compare la rémunération horaire brute moyenne des femmes à celle des hommes, dans les entreprises de 10 salariés ou plus. La méthode ne cherche pas à savoir si les personnes exercent le même métier, ont le même diplôme ou la même ancienneté.

Pour saisir l’image globale, il faut se tourner vers les travaux de l’Insee, qui portent sur le secteur privé et mesurent les salaires nets. Ils mettent en lumière trois réalités distinctes (chiffres 2024) :

Le revenu salarial annuel : 21,8 % d’écart. Les femmes perçoivent en moyenne 22 060 € net sur l’année, contre 28 220 € pour les hommes. Ce fossé s’explique en partie par un volume de travail inférieur (de 9,1 % en moyenne) : les femmes sont plus souvent à temps partiel et connaissent davantage de périodes sans emploi au cours de l’année.

L’écart à temps de travail égal : 14,0 %. En ramenant tout le monde à un équivalent temps plein (EQTP), la différence baisse sensiblement. Elle est encore de 12,8 % en 2025 d’après la dernière publication de l’Insee. Ces chiffres ne sont pas directement comparables au 11,8 % d’Eurostat, car ils portent sur des salaires nets annuels et non sur des taux horaires bruts.
L’écart à emploi comparable : 3,6 %. Il compare des femmes et des hommes occupant le même emploi dans le même établissement. Il est estimé sur une partie seulement du secteur privé (25 % des établissements, soit 40 % des EQTP « Équivalent Temps Plein »).

Ces données ne s’opposent pas : elles décrivent des dimensions complémentaires. La première montre ce qui arrive réellement sur le compte en banque à la fin de l’année, la deuxième compare la valeur du travail effectué, la dernière se rapproche le plus du principe « à travail égal, salaire égal ».

Les raisons de cette persistance


Pour comprendre pourquoi ces écarts refusent de tomber à zéro, il faut observer le déroulement des carrières. Selon l’Insee, la ségrégation professionnelle explique l’essentiel de l’écart à temps de travail égal : femmes et hommes n’exercent pas les mêmes métiers ni dans les mêmes secteurs. Les emplois de secrétaire, d’aide à domicile, d’aide-soignante ou de nettoyage sont très majoritairement féminins, alors que des secteurs comme l’information-communication ou la finance, plus rémunérateurs, le sont beaucoup moins.

À cette répartition s’ajoute le plafond de verre. Les femmes occupent 42 % des postes du privé, mais seulement 24 % du 1 % des postes les mieux rémunérés. Sans ce 1 %, l’écart à temps de travail égal passerait de 13,0 % à 9,3 % (champ légèrement différent du chiffre de 14 %). La parentalité joue aussi : l’écart de salaire est de 5,8 % entre salariés sans enfant, mais atteint 28,2 % entre les mères et les pères de trois enfants ou plus (chiffres 2022). De même, il est de 3,2 % chez les moins de 25 ans, contre 24,1 % à partir de 60 ans.

Reste le « poste égal » : ces 3,6 % posent la question des biais qui échappent aux grilles de salaires. L’Insee prévient toutefois que ce chiffre ne mesure pas strictement la discrimination, car il ignore des caractéristiques individuelles comme l’expérience, l’ancienneté ou le diplôme, ce qui peut aussi bien amplifier qu’atténuer l’écart réel.

Un outil de sensibilisation utile, mais réducteur


L’intérêt majeur de la campagne est d’interpeller l’opinion avec un repère visuel simple : bloquer une date dans l’agenda rend concret un débat économique abstrait. Mais l’indicateur a ses limites. En utilisant une donnée brute non ajustée, le calcul rassemble dans un même chiffre des situations très différentes.

Le salaire n’est d’ailleurs qu’une partie du problème, comme le rappellent régulièrement les organisatrices. Les inégalités se jouent aussi dans le partage des tâches domestiques, la constitution du patrimoine et la retraite. D’après les chiffres relayés par Les Glorieuses, la pension de droit direct des femmes nées en 1956 est inférieure de 29 % à celle des hommes (DREES), et l’écart de patrimoine est passé d’environ 9 % en 1998 à 16 % en 2015 (Ined).


Le collectif s’intéresse aussi à un autre versant de ces inégalités : les violences économiques conjugales, qui touchent 41 % des femmes selon une étude Ifop réalisée en 2023 pour Les Glorieuses. Il a publié une plateforme dédiée, avec un test pour repérer ces situations et des conseils pour les victimes et leurs proches.


Vers une égalité salariale progressive ?


La tendance est bien à la réduction des écarts. À temps de travail égal, l’Insee mesure une baisse de 5,2 points en dix ans, et l’indicateur d’Eurostat est passé de 16,7 % en 2018 à 11,8 %. Mais le mouvement est lent, très lent : si les chiffres poursuivent cette trajectoire, il faudra encore attendre de longues années pour voir germer une égalité stricte sur les données brutes.

Le 19 novembre à 10 h 51 reste donc une image marquante, construite à partir d’un écart de 11,8 %. Les études de l’Insee permettent de comprendre que cet écart varie fortement selon l’angle d’observation, et que le chemin à parcourir lui… demeure réel.

(L’illustration de notre article provient de RonaldCandonga sur le site Internet Pixabay. Si l’image vous intéresse, vous pouvez faire un don sur le site avant de la télécharger)




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