
Journée mondiale du patrimoine audiovisuel 2026 : ces archives qu’il ne faut pas laisser s’éteindre
Date 27-10-2026 07:32:45 | Sujet : Journées mondiales et internationales
| Ce mardi 27 octobre, le monde célèbre le patrimoine audiovisuel. Films, émissions, enregistrements sonores : tout ce qui raconte nos vies et nos cultures est aujourd’hui stocké sur des disques durs, des smartphones ou de simples clés USB. Pratique, mais pas éternel. Alors, comment éviter que ces archives disparaissent un jour sans prévenir ? Pour terminer le petit tour du Bemac de ce second jour de la semaine, nous fêtons aussi les Émeline.
Une journée de l’audiovisuel pour ne pas oublier Chaque 27 octobre, l’UNESCO invite à regarder d’un peu plus près ce qui dort dans nos archives. La date n’a rien d’anodin : elle rappelle l’adoption, en 1980, par la Conférence générale de l’organisation, de la Recommandation pour la sauvegarde et la conservation des images en mouvement. Une proclamation officielle a ensuite consacré la journée en 2008.
L’idée de départ est simple. Sensibiliser le grand public, mais aussi les États, à l’urgence d’agir et à l’importance des documents audiovisuels. Ces derniers servent de point d’appui à la « libre circulation des idées par la parole et l’image », une formule qui figure dans le mandat de l’UNESCO. Et puisqu’il est question d’idées qui circulent, autant parler du thème choisi cette année.
Le patrimoine audiovisuel, trait d’union entre les peuples Le thème 2026 est « Votre fenêtre sur le monde ». Il met en avant le rôle du patrimoine audiovisuel pour rapprocher les sociétés et mieux se comprendre d’un continent à l’autre. Une vieille émission de télévision, un reportage radio, une séquence filmée au hasard d’une fête de village : chacun de ces documents ouvre une fenêtre, justement, sur une époque, une langue, une façon de vivre.
Les Nations Unies le disent très bien : ces archives racontent la vie et les cultures des peuples, et reflètent la diversité culturelle, sociale et linguistique de nos communautés. Elles nous aident à grandir et à comprendre le monde auquel nous appartenons. Sauf que pour regarder par cette fenêtre, encore faut-il que la vitre ne se fissure pas. Et c’est là que les choses se compliquent.
Le numérique, une fausse éternité On a un peu tendance à croire qu’une fois numérisé, un document est sauvé pour toujours. Ce n’est pas vraiment le cas. Un fichier vidéo n’est jamais qu’une suite de 0 et de 1 posée sur un support physique, et ce support, lui, vieillit.
Un disque dur classique contient des pièces mécaniques et finit toujours par lâcher, souvent au bout de quelques années seulement. Les mémoires flash, celles des clés USB ou des smartphones, conservent les données grâce à de minuscules charges électriques qui peuvent s’affaiblir avec le temps, surtout si le support reste débranché dans un tiroir. Quant aux CD et DVD gravés, ils ne sont pas à l’abri non plus de la dégradation.
À cela s’ajoute un autre problème, plus sournois : l’obsolescence des formats et des appareils. Qui possède encore un lecteur de disquettes ? Un fichier intact mais impossible à ouvrir ne vaut guère mieux qu’un fichier perdu. Du coup, le numérique n’évite pas la question de la conservation, il la déplace.
Des supports qui n’ont pas tous le même âge Chaque génération de support a ses faiblesses. Pour s’y retrouver, voici quelques exemples parmi les plus courants :
- Les films argentiques, super 8 compris, peuvent se déformer, rétrécir ou se couvrir de moisissures. Certains films anciens développent même le « syndrome du vinaigre », une dégradation chimique qu’on reconnaît à son odeur acide.
- Les bandes magnétiques, comme les cassettes vidéo VHS ou audio, perdent progressivement leur qualité. La poussière, l’humidité et le temps font le reste.
- Les disques durs, les clés USB et les cartes mémoire sont fiables jusqu’au jour où ils ne le sont plus, et sans signe avant-coureur notable.
- Les services en ligne, enfin, dépendent des entreprises qui les gèrent. Un abonnement qui s’arrête, un service qui ferme, et l’accès peut disparaître.
Rien de tout cela n’est une fatalité. Mais ça oblige à ne jamais compter sur un seul support, et à vérifier de temps en temps que tout fonctionne encore.
Une voix de 1891, révélée à la radio en 1948 Pour mesurer ce que l’on peut sauver, rien de tel qu’un exemple célèbre : la voix de Gustave Eiffel. Tout commence en 1889, quand l’ingénieur reçoit un phonographe des mains de Thomas Edison, un appareil rarissime sur le continent européen à l’époque. Il en fait un jeu, et s’amuse à enregistrer sa voix et celles de son entourage.
Le 4 février 1891, au cours d’une soirée entre amis, il s’adresse à la machine en la tutoyant, comme à un confident chargé de « garder » leurs voix. Il lui demande même de rappeler à ses invitées de ne pas manquer le thé prévu quelques jours plus tard. On y entend aussi sa fille aînée, Claire Salles, ainsi que deux parlementaires, invités ce soir-là.
Ces cylindres ont ensuite dormi pendant des décennies. Ils ne sont révélés au public que le 19 mars 1948, en direct à la radio, par le journaliste Jean Thévenot. Cette émission est l’archive que conserve l’INA. Les cylindres, eux, sont gardés à la BnF. Selon l’INA, ils figurent parmi les plus anciens documents sonores français conservés, une sorte d’autographe vocal gravé sur cire.
Eiffel n’était d’ailleurs pas le seul à prendre la parole devant le phonographe. Quelques jours plus tard, le 17 février 1891, l’écrivain Ernest Renan enregistre lui aussi un bref discours dans le salon de l’ingénieur, où il salue les progrès de la science moderne. La voix est restée longtemps inaudible : il a fallu attendre les années 1970 pour tenter de nettoyer le signal, puis 1976 pour que le public l’entende, et aujourd’hui la BnF la met en ligne. Une belle illustration de ce que peuvent la restauration et la patience.
L’INA, gardienne de la mémoire française En France, cette mission de sauvegarde revient en grande partie à l’Institut national de l’audiovisuel. L’INA collecte, sauvegarde, numérise, restaure et valorise les archives de la radio et de la télévision françaises. On parle de plus de 70 ans de programmes radio et de 60 ans de télévision, ce qui représente un volume colossal.
Le plus agréable, c’est qu’on peut en profiter depuis son canapé. Il suffit de se rendre sur le site de l’INA et de se laisser porter : une émission de l’ORTF en noir et blanc, un reportage sur le pain à 1 franc en 1976, puis un autre, et encore un autre. On remonte ainsi, petit à petit, le fil de notre histoire télévisuelle jusqu’à aujourd’hui. Prévoyez du temps, parce qu’on a vite fait de se « perdre » dans ces archives.
Une mobilisation qui dépasse les frontières L’INA n’est pas seule dans l’aventure. Partout dans le monde, des institutions s’activent. L’UNESCO a ainsi lancé, via ses propres archives, le projet « Numériser notre histoire commune ». Elle porte aussi le programme « Mémoire du monde », qui vise à protéger le patrimoine documentaire de l’humanité, et met en ligne ses archives multimédias.
Cette journée sert également de bilan. Elle offre aux États membres l’occasion d’évaluer où ils en sont dans la mise en œuvre de la recommandation de 2015 sur la préservation et l’accès au patrimoine documentaire, y compris sous forme numérique. Pour les curieux, des événements sont d’ailleurs recensés sur le site du CCAAA, le conseil qui coordonne les associations d’archives audiovisuelles.
Le carton du grenier qui recèle un trésor Reste le patrimoine du quotidien, celui qui n’est répertorié nulle part. Chez vous, quelque part dans un carton au grenier, au fond d’un placard ou dans une cave, il y a sans doute des films super 8 qui attendent. Des vacances, un mariage, un anniversaire, une rue qui a changé depuis.
Ces images amateurs ne sont pas anodines. Certaines ont même trouvé une seconde vie, comme les films de Maxime Lesur sur la libération de Paris, qui illustrent cet article. Des séquences tournées par un particulier, devenues un témoignage précieux sur un moment clé de notre histoire. Autant dire qu’il vaut mieux les traiter avec égards. Des films à ne pas brusquer
Le premier réflexe, c’est justement de ne pas se précipiter. Un vieux film peut être cassant, déformé ou abîmé par l’humidité, et un passage dans un projecteur de brocante risque d’aggraver les choses. Mieux vaut le ranger au sec, à l’abri de la chaleur et de la lumière, dans une boîte propre, puis le confier à un prestataire spécialisé pour la numérisation. Si vous hésitez, demandez conseil avant de dérouler quoi que ce soit.
Mais une fois les bobines numérisées, l’histoire n’est pas terminée. Le fichier obtenu va lui aussi devoir durer. Et là, vos films du grenier se retrouvent dans la même situation que les vidéos de votre téléphone.
Et les vidéos du smartphone ? C’est un peu le paradoxe de notre époque. Nous n’avons jamais autant filmé, et pourtant ces souvenirs-là sont souvent plus fragiles que les bobines de nos grands-parents. Ils dorment dans la mémoire d’un téléphone, sur une clé USB ou sur un disque dur qu’on n’a pas rallumé depuis des années. Un jour, l’appareil tombe en panne, le téléphone se perd, et tout disparaît d’un coup. Pas besoin d’être archiviste pour éviter ça. Quelques habitudes suffisent.
Les bons réflexes à adopter Que vos images viennent d’un projecteur ou d’un smartphone, voici de quoi les mettre à l’abri :
- Faire l’inventaire de tout ce qui existe : films, cassettes, disques, vieilles clés USB, cartes mémoire.
- Numériser en priorité les supports les plus fragiles, comme les bandes magnétiques et les films.
- Multiplier les copies, de préférence sur des supports différents, dont au moins un rangé ailleurs que chez soi.
- Vérifier ses sauvegardes une fois par an, en ouvrant vraiment quelques fichiers au hasard.
- Recopier ses données sur un support neuf de temps à autre, avant que l’ancien ne tombe en panne.
- Renseigner les fichiers : une date, un lieu, des noms. Une vidéo sans légende devient vite un mystère pour les générations suivantes.
Rien de compliqué, mais cela demande un peu de régularité. Et c’est précisément ce que cette journée rappelle.
Un héritage à transmettre Au fond, le message du 27 octobre tient en peu de mots : ce qui a été enregistré ne se conserve pas tout seul. Le numérique nous a donné des moyens extraordinaires de filmer, d’enregistrer et de partager. En contrepartie, il demande un peu d’attention.
Les archives audiovisuelles forment notre mémoire collective, un héritage destiné au plus grand nombre et aux générations qui viennent. Que ce soit la voix d’Eiffel, une émission de l’ORTF ou trois minutes de super 8 oubliées dans un carton, tout mérite qu’on s’en occupe. Alors, ce 27 octobre, pourquoi ne pas ressortir une vieille clé USB et regarder ce qu’elle contient vraiment ?
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