Journée internationale des luttes paysannes : 30 ans de luttes pour ne pas disparaître
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Rubrique Tendances & Actus
Ce 17 avril 2026 marque les 30 ans de la Journée internationale des luttes paysannes, initiée par La Via Campesina en mémoire du massacre de 21 paysans sans terre au Brésil en 1996. Dans un contexte de crise alimentaire, climatique et géopolitique, les paysans du monde entier se mobilisent contre la dépossession des territoires, les accords de libre-échange et la violence. En France ou au Québec, cette journée résonne avec la colère agricole persistante et le combat pour une souveraineté alimentaire réelle.
Une mémoire gravée dans la terre : du Brésil au monde entier
Tout a commencé par un drame que l’histoire n’a pas le droit d’oublier. Nous sommes le 17 avril 1996, dans l’État du Pará, au Brésil. Près de 1 500 paysans du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) marchent vers Belém pour réclamer une réforme agraire, une redistribution plus juste des terres. Au lieu d’un dialogue, ils rencontrent la police militaire. Le bilan est atroce : 21 morts, des dizaines de blessés. Ce massacre d’Eldorado dos Carajás est devenu l’étincelle d’une prise de conscience globale.
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Peu de temps après, le mouvement international La Via Campesina décidait de transformer cette date de deuil en une journée d’action planétaire. L’idée était simple mais puissante : montrer que la lutte pour la terre n’est pas seulement une question brésilienne, mais un enjeu universel. En trois décennies, cette commémoration a bien changé. Elle n’est plus seulement un moment de recueillement, elle est devenue le pivot central pour défendre des concepts qui nous sont familiers aujourd’hui, comme la souveraineté alimentaire ou l’agroécologie.
En 2018, cette persévérance a même mené à l’adoption par l’ONU de la Déclaration sur les droits des paysans (UNDROP). C’était une victoire immense, mais sur le terrain, en 2026, la réalité reste rude. Le thème de cette année ne prend pas de gants : « Uni·es contre l’impérialisme, le néocolonialisme, la criminalisation de nos luttes et la spoliation de nos territoires ». Il s’agit de rappeler que derrière nos assiettes, il y a des hommes et des femmes qui se battent parfois pour leur survie physique face à des géants industriels ou des régimes autoritaires.
2026 : une riposte globale face à l’accaparement des ressources
Pour ce trentième anniversaire, l’appel à la mobilisation n’a jamais été aussi suivi. Partout sur le globe, des actions se multiplient pour dire « stop » à la machine qui broie les petits exploitants. On ne compte plus les marches, les occupations symboliques de terres laissées à l’abandon ou les forums citoyens. Dans de nombreux villages, on organise des bourses d’échanges de semences paysannes, ces graines que certains voudraient privatiser mais qui sont le patrimoine de l’humanité.
Cette année, nous célébrons également l’Année internationale des agricultrices, reconnue par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un moment historique pour honorer le rôle vital des femmes dans la production alimentaire et la défense de leurs territoires. C’est une occasion de rendre leur travail visible, de résister aux violences qu’elles subissent et de lutter pour des politiques publiques qui les soutiennent réellement.
Via Campesina
L’enjeu majeur de cette année 2026, c’est ce qu’on appelle le « land grabbing », ou l’accaparement des terres. De grandes multinationales ou des fonds d’investissement achètent des milliers d’hectares, souvent dans les pays du Sud, pour y faire de la monoculture intensive destinée à l’exportation. Cela se fait au détriment des cultures locales et nourricières. Ajoutez à cela les effets dévastateurs du dérèglement climatique — des sécheresses plus longues, des inondations plus violentes — et vous obtenez un cocktail explosif qui pousse des millions de ruraux vers l’exode.
Pourtant, il y a des raisons de garder espoir. La préparation de l’ICARRD+20 (la conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural) qui se tiendra en Colombie cette année, montre que la question de la redistribution des terres revient enfin au centre de l’agenda diplomatique. On se rend compte, un peu tard peut-être, que sans paysans pour prendre soin de la biodiversité, nos systèmes alimentaires s’effondrent.
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Géopolitique de la faim : l’alerte rouge dans les Caraïbes
Au-delà des enjeux agricoles, ce 17 avril est aussi marqué par une tension extrême dans les Caraïbes et les Amériques, où La Via Campesina lance un véritable cri d’alarme. Le mouvement dénonce avec force la présence de navires de guerre états-uniens au large d’Haïti, stratégiquement positionnés face à Cuba. Dans un contexte où Haïti manque d’un gouvernement souverain capable de protéger les intérêts de son peuple, le territoire semble être utilisé pour faciliter une agression contre Cuba via des contrats avec des mercenaires transnationaux.
Les organisations paysannes exigent la fin immédiate du blocus et des pressions militaires qui étouffent l’île, qu’elles citent en exemple de dignité et de solidarité. Cette exigence de respect de l’autodétermination s’étend également au Venezuela, où les paysans rejettent toute action visant à saper la souveraineté du peuple et son droit à décider librement de son avenir. Pour ces militants, la paix et la souveraineté politique sont les conditions indispensables pour garantir la souveraineté alimentaire.
La colère paysanne française : une crise qui ne passe pas
Et si l’on regarde ce qui se passe chez nous, en France, le tableau est loin d’être idyllique. Le malaise agricole qui a explosé en 2024 n’est toujours pas retombé. Pourquoi ? Parce que les problèmes de fond sont restés sous le tapis. Les revenus des agriculteurs sont toujours aussi bas, alors que le coût de l’énergie et des intrants a grimpé en flèche. L’endettement moyen d’une ferme est devenu une montagne infranchissable pour beaucoup, ce qui explique pourquoi si peu de jeunes veulent reprendre le flambeau.
L’actualité de ce début d’année 2026 a d’ailleurs été marquée par un symbole fort : l’absence presque totale de bovins au dernier Salon de l’Agriculture. La faute à une épidémie de dermatose nodulaire contagieuse qui a ravagé les troupeaux, laissant les éleveurs dans un désarroi total face à des indemnisations qui tardent à venir. À cela s’ajoute la frustration liée aux accords de libre-échange, comme le Mercosur, dont l’application provisoire est vécue comme une trahison. Comment demander aux Français de respecter des normes environnementales strictes tout en important de la viande produite à l’autre bout du monde sans aucune règle similaire ?
La Confédération Paysanne, membre actif de La Via Campesina, porte haut cette voix. Pour elle, le combat est le même qu’au Brésil ou en Indonésie : il faut sortir l’agriculture des griffes du marché financier pour la ramener vers l’humain. Elle prône un modèle où les fermes sont plus nombreuses, plus petites et plus résilientes. C’est une lutte pour le droit de vivre dignement de son travail tout en nourrissant la population avec des produits sains.
Nos cousins québécois dans la même tourmente
De l’autre côté de l’Atlantique, au Québec, la situation n’est guère plus réjouissante pour la relève agricole. Le modèle de la « ferme familiale » québécoise, autrefois pilier de la province, s’effrite sous la pression de la consolidation industrielle. Là-bas aussi, l’accès à la terre est devenu le nerf de la guerre. Le prix des terres arables s’est envolé, rendant l’installation de nouveaux maraîchers ou producteurs laitiers quasi impossible sans un héritage massif.
L’Union paysanne, l’équivalent québécois de nos syndicats paysans, se bat pour une décentralisation des systèmes alimentaires. Les Québécois voient bien que leur dépendance aux importations américaines ou mexicaines est un risque majeur. En cette journée du 17 avril, les mobilisations à Montréal ou à Québec rappellent que la souveraineté alimentaire est un combat francophone commun. Ils réclament eux aussi des politiques qui protègent les petits producteurs contre les fluctuations absurdes des bourses mondiales de céréales.
Pourquoi cette journée est vitale dans un monde qui « part en sucette »
On pourrait se dire : « Encore une journée mondiale de plus ». Mais celle-ci est différente parce qu’elle touche à notre besoin le plus primaire : manger. On voit bien que le système actuel craque de partout. L’insécurité alimentaire progresse, la biodiversité s’effondre et nous sommes de plus en plus dépendants de quelques multinationales qui contrôlent les engrais, les semences et la distribution.
Il est bon de rappeler un chiffre souvent oublié : ce sont les petits paysans qui nourrissent encore aujourd’hui près de 70 % de la population mondiale, et ce, avec une fraction infime des terres cultivables. Ils sont les gardiens des sols, les remparts contre la désertification et les champions de l’agroécologie. Quand ils disparaissent, c’est tout un savoir-faire et une sécurité pour notre futur qui s’envolent.
Cette journée du 17 avril est un pont entre le producteur et le consommateur. C’est le moment de réaliser que chaque choix que nous faisons devant un étal de supermarché est un acte politique. Soutenir les luttes paysannes, c’est aussi choisir quel genre de monde nous voulons laisser à nos enfants : un désert industriel ou des campagnes vivantes et nourricières.
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30 ans de luttes, et demain ?
Trente ans après Eldorado dos Carajás, le chemin parcouru est immense, mais la pente reste raide. Les défis de 2026 sont colossaux, entre urgence climatique et tensions géopolitiques. Pourtant, la détermination des paysans ne faiblit pas. Ils ne demandent pas l’aumône, mais le droit de produire, de protéger leur terre et d’être respectés.
Que faire à notre échelle ? On peut commencer par s’informer sur les événements locaux organisés près de chez nous ce 17 avril. Que ce soit une conférence, un marché de producteurs ou une manifestation, chaque présence compte. On peut aussi privilégier les circuits courts, les AMAP ou le bio paysan. La solidarité entre les villes et les campagnes est l’une des clés pour faire bouger les lignes.
Comme le dit si bien le slogan qui résonne depuis des décennies aux quatre coins du globe : « Mondialiser les luttes pour mondialiser l’espoir ». En 2026, cet espoir est plus que jamais une nécessité !
Ce qu’il faut retenir :
- Ce vendredi 17 avril 2026, une journée d’action planétaire célèbre les 30 ans de la Journée internationale des luttes paysannes, née en mémoire des 21 victimes du massacre d’Eldorado dos Carajás au Brésil.
- La souveraineté alimentaire est au cœur des revendications mondiales de La Via Campesina, qui s’oppose fermement à l’accaparement des terres par les multinationales et aux accords de libre-échange jugés destructeurs.
- En France et au Québec, la crise agricole persiste avec des revenus précaires et un manque de relève, tandis que nos éleveurs subissent de plein fouet les crises sanitaires comme la dermatose nodulaire.
- Une alerte géopolitique majeure est lancée dans les Caraïbes, dénonçant la militarisation au large d’Haïti et les pressions exercées contre Cuba et le Venezuela, entravant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
- L’agroécologie paysanne reste la solution concrète pour nourrir l’humanité tout en préservant la biodiversité, prouvant que la résistance des petits producteurs est notre meilleure assurance pour le futur.